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Betancourt34

 A l’occasion des 5 ans de prise d’otage d’Ingrid Betancourt, l’écrivaine Marie Desplechin a publié dans Jasmin, un billet d’humeur intitulé Amis d’Ingrid, obstinez-vous !. Lors de la prise d’otage de Florence Aubenas, elle avait participé activement à son comité de soutien. Nous la remercions pour son écriture faite de soutien et de chaleur et retranscrivons ici son texte.

Qu’est-ce qu’ils ont dans la tête ? Comment peuvent-ils croire qu’on peut, à des milliers de kilomètres de distance, agir sur des bandes armées dans un pays en guerre. Et agir comment... En accrochant des portraits, en organisant des concerts, en se rassemblant à quelques-uns dans la rue. En sollicitant la voix, l’objectif, le crayon de gens un peu plus visibles que les autres, ces personnalités dont on se dit qu’elles sauront peut-être intéresser, à défaut de convaincre.

Il faut avoir un grain pour adopter quelqu’un qui n’est pas de votre famille, qui n’est même pas de vos amis. Quelqu’un qui vous est parfaitement étranger, sinon par sa seule humanité. Pour penser que ce qui est blessé chez lui, est insulté chez vous. Et pour en tirer les conclusions. Amis d’Ingrid, vous n’êtes pas raisonnables. Et il y a cinq ans que vous vous entêtez.

On vous l’a dit pourtant, on ne s’est pas gêné pour vous le répéter : Ça ne sert à rien, ou Les otages sont morts. On vous a demandé : Pourquoi elle, et pourquoi pas tous les autres ? On vous a soupçonné : Mais quel est votre intérêt ? On vous a même sûrement reproché de nuire à votre cause, par trop de publicité. À chaque question, vous avez une réponse : C’est utile, Nous n’avons pas de preuves qu’ils sont morts, Elle représente tous les autres, Son intérêt est le nôtre, Rien n’est plus dangereux que le silence et l’oubli. Mais l’attente est longue, les certitudes friables, le découragement retors. Amis d’Ingrid, vous êtes bien obstinés.

Elle n’est pas là pour vous remercier. Pas encore. En attendant qu’elle revienne, je veux le faire pour mon compte. Je vous remercie de me garantir du silence et de l’oubli, et de me rappeler au devoir d’intranquillité. À quoi bon vivre sans colère et sans fraternité ? Sans espoir ? Car c’est bien cela, n’est-ce pas, qui nous unit autour du prénom d’Ingrid, et de son visage ? Déraisonnables amis d’Ingrid, c’est vous qui avez raison.

 

Dernière mise à jour de cette rubrique le 28 avril 2007

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