ELMAWLID ENNABAOUI OU NAISSANCE DU PROPHETE (S.A.W.S.) 1ere Partie
Sabiha
PREAMBULE
Des biographes et des généalogistes ont établi la généalogie du Prophète Muhammad (S.A.W.S.) jusqu’à Adam et Eve, cependant l’Envoyé d’Allah a dit (S.A.W.S) : « Ne faites pas remonter ma généalogie au-delà de mon ancêtre ‘Adnân ».
La famille du Prophète (S.A.W.S.) est appelée Hashimite du nom de son arrière grand-père Hâshim Ibn ‘Abd Manâf. Son vrai nom était ‘Amr mais les habitants de La Mecque l’ont surnommé Hâshim parce qu’il avait coutume d’émietter le pain dans la soupe des pèlerins.
Nous allons revenir sur l’origine de La Mecque liée à l’histoire du prophète Ibrâhîm (Abraham) pour comprendre le contexte de la venue, 17 siècles plus tard, du Messager d’Allah, Sayyidunâ Muhammad (S.A.W.S.).
Sans revenir complètement sur l’histoire d’Abraham, on se souvient qu’il avait sur ordre de Dieu laissé sa femme Hajar et leur fils ‘Ismâ’îl seuls en Arabie dans une vallée du désert du Hijâz, la vallée de Bakkah .
Ce nom « Bakkah » apparaît dans le Qur’ân au verset 96 de la sourate Âl ‘Imrân et deviendra ensuite Makkah. Certains relient le nom à la racine « baka’ » (pleurer). Mais cette racine désigne aussi un lieu stérile, un puits qui a peu d’eau. Le nom est cité dans l’Ancien Testament dans le Psaume 84:5-6 :
Béni est celui qui place sa force en Toi
Et qui trouve en son cœur le chemin de ceux qui,
Traversant la vallée de Bacca,
En ont fait un lieu rempli de sources.
Bakkah était située sur le passage des caravanes, appelée la route de l’encens, mais comme il n’y avait pas d’eau, elles n’y faisaient pas halte.
En ce lieu désert, Hajar et ‘Ismâ’îl commencèrent à souffrir de la soif, au point qu’Hajar craignît pour la vie de son fils. Selon les traditions rapportées par leurs descendants, celui-ci, couché sur le sable, pleurait, tandis que sa mère, debout sur un rocher, cherchait à voir si quelque secours était en vue. N’apercevant personne, elle courut vers un autre promontoire rocheux d’où son regard ne put découvrir âme qui vive. A demi égarée par la détresse, elle parcourut ainsi sept fois la distance séparant les deux monticules. Se tournant vers ‘Ismâ’îl, elle eut un choc : de l’eau jaillissait près de lui. L’eau était celle d’une source que Dieu avait fait sortir du sable au contact du talon de l’enfant.
Par la suite, des oiseaux tournèrent autour du nouveau point d’eau. La vallée devint rapidement une halte pour les caravanes en raison de l’excellence et de l’abondance de cette
source ; et le puits fut appelé Zemzem.
Au moment où Hajar et ‘Ismâ’îl avaient atteint leur destination, Abraham avait encore soixante-quinze années à vivre, et il rendit visite à son fils dans le lieu saint où Hajar avait été guidée. Le Qur’ân nous dit que Dieu montra à Abraham l’emplacement exact, près du puits de Zemzem, sur lequel lui et ‘Isma’îl devaient bâtir un sanctuaire ; et ils furent instruits sur la façon de l’édifier. Son nom, la Ka’bah, c’est-à-dire le cube, se réfère à sa forme qui est approximativement cubique ; ses quatre coins sont orientés vers les quatre points cardinaux. Mais l’objet le plus saint de ce lieu est une pierre céleste qui dit-on, fut remise à Abraham par un ange qui l’apporta de la colline d’Abû Qubays, située à proximité, sur laquelle elle était demeurée à l’abri depuis son arrivée sur terre. D’après un hadith de Tirmidhî, « Elle était descendue du Paradis plus blanche que le lait, mais les péchés des fils d’Adam l’avaient noircie. » Ce fut cette pierre noire qu’ils enchâssèrent dans le coin oriental de la Ka’bah.
Lorsque la construction fut terminée, Dieu parla encore à Abraham et lui ordonna d’instituer le rite du pèlerinage à Bakkah : ﴾ Purifie ma Maison pour ceux qui accomplissent les circuits, pour ceux qui s’inclinent et qui se prosternent. Appelle les hommes au Pèlerinage pour qu’ils viennent à toi à pied, ou sur quelque monture élancée, de tout chemin encaissé ﴿
Plus tard, peut-être lorsqu’il était à Canaan et qu’il contemplait les pâturages et les champs de blé autour de lui, Abraham pria ainsi :
﴾ En vérité j’ai établi une partie de mes descendants dans une vallée stérile auprès de Ta maison sacrée…Aussi incline vers eux les cœurs des hommes et accorde-leur des fruits pour subsistance afin qu’ils soient reconnaissants ﴿.
UNE GRANDE PERTE
Afin de ne pas perdre le fil de l’ascendance du Prophète Muhammad (S.A.W.S.) au milieu de tous les noms qui vont être cités, rappelez-vous que :
- Sid. ‘Abdu Manâf est l’arrière arrière grand-père paternel du Prophète (S.A.W.S.)
- Sid. Hâshim est son arrière grand-père paternel.
- Sid. ‘Abd al-Muttalib son grand-père paternel.
- Sid. ‘Abdallâh son père et Sitt. Amîna sa mère.
La prière d’Abraham fut exaucée et de riches présents ne cessèrent d’affluer à La Mecque, apportés par les pèlerins toujours plus nombreux qui venaient de toutes les parties de l’Arabie et de contrées plus lointaines visiter la Demeure sacrée. Le Grand Pèlerinage avait lieu une fois l’an, mais on pouvait aussi rendre hommage à la Ka’bah en tout temps en faisant un petit pèlerinage. Pendant longtemps les rites furent accomplis avec ferveur et dévotion selon les règles établies par Abraham et Ismaël. Les descendants d’Isaac, eux aussi, vénéraient la Ka’bah puisqu’elle était le temple élevé par Abraham et qu’elle comptait à leurs yeux comme l’un des tabernacles extérieurs consacrés au Seigneur. Au cours des siècles, toutefois, le culte du Dieu unique perdit peu à peu de sa pureté.
Devenus trop nombreux pour vivre tous dans la vallée de La Mecque, certains descendants d’Ismaël allèrent s’installer ailleurs, emportant avec eux des pierres prises dans l’enceinte sacrée et en l’honneur desquelles ils instituèrent des rites. Plus tard, sous l’influence des tribus païennes voisines, des idoles vinrent s’ajouter aux pierres et, finalement, les pèlerins se mirent à apporter des idoles à La Mecque. Elles furent dressées au voisinage de la Ka’bah et c’est alors que les juifs cessèrent de visiter le temple d’Abraham.
Les idolâtres prétendaient que leurs idoles étaient des puissances qui agissaient comme intermédiaires entre Dieu et les hommes. C’est ainsi que leur approche du divin devint de moins en moins directe, et que plus Dieu leur paraissait lointain, plus s’émoussait leur sens de la réalité d’un monde à venir, au point que nombre d’entre eux cessèrent même de croire en une vie au-delà de la mort.
Pour quelques-uns cependant, il y avait un signe évident que la communauté s’était séparée de la Vérité par le fait qu’elle n’avait plus accès au puits de Zemzem, et qu’elle en avait même oublié l’emplacement. Les responsables directs de cette situation étaient les Jurhumites, venus du Yemen, qui avaient établi leur contrôle sur La Mecque. Les descendants d’Abraham avaient toléré cette prise d’autorité parce que la seconde femme d’Ismâ’îl était apparentée à Jurhum. il vint cependant une époque où le Jurhumites se mirent à commettre toutes sortes d’iniquités qui, en fin de compte, les firent expulser de La Mecque. C’est avant de quitter la ville qu’ils enfouirent le puits de Zemzem, certainement par esprit de vengeance, mais peut-être aussi parce qu’ils espéraient revenir plus tard et y trouver une source de richesse. Ils comblèrent le puits avec une partie du trésor du Sanctuaire, constitué par les offrandes que les pèlerins avaient déposées dans la Kaaba au cours de années, puis ils le recouvrirent avec du sable.
Leur rôle de seigneurs de La Mecque fut repris par les Khuzâ’ah, tribu arabe issue d’Ismâ’îl qui avait émigré au Yémen avant de revenir vers le nord. Mais les Khuzâ’ah ne firent aucun effort pour retrouver les eaux miraculeusement données à leur ancêtre. Depuis lors, d’autres puits avaient été creusés à La Mecque, le don de Dieu n’était plus indispensable et le puits sacré ne fut plus qu’un vague souvenir.
Ainsi les Khuzâ‘ah partagèrent-ils la faute de Jurhumites. Il y avait d’ailleurs d’autres griefs à leur faire, notamment celui-ci : un de leurs chefs, au retour d’un voyage en Syrie, avait demandé aux Moabites de lui faire présent d’une de leurs idoles. Ils lui donnèrent Hubal qu’il apporta au Sanctuaire et qu’il dressa à l’intérieur même de la Ka’bah. Hubal devint ainsi la principale idole de La Mecque.
LES QURAYSH DE LA VALLEE
Une puissante tribu arabe de lignée abrahamique était celle des Quraysh. Vers l'an 400 de l'ère chrétienne, un Qurayshite nommé Qusayy épousa une fille de Hulayl, qui était alors le chef des Khuzâ'ah. Hulayl préféra son gendre à ses propres fils, car Qusayy possédait une personnalité parmi les Arabes de son temps, et à la mort de Hulayl, après une bataille acharnée qui se termina par un arbitrage, il fut convenu que Qusayy gouvernerait La Mecque et qu'il serait le gardien de la Ka'bah. Dès lors il fit venir ses plus proches parents parmi les Quraysh et les installa dans la vallée, à proximité du Sanctuaire : il y avait son frère Zuhrah, son oncle Taym, Makhzûm le fils d'un autre oncle, et un ou deux cousins plus éloignés. Tous ces gens et leurs descendants furent désignés par l’appellation de « Quraysh de la Vallée », tandis que les moins proches parents de Qusayy, installés dans les ravines des collines environnantes et dans la campagne qui s'étendait au-delà, reçurent le nom de « Quraysh des Alentours ».
Qusayy régna sur eux tous avec une autorité incontestée ; chaque année ils lui payaient un impôt sur leurs troupeaux afin qu’il pût nourrir ceux des pèlerins qui étaient trop pauvres pour subvenir à leurs propres besoins. Jusqu’ alors les préposés à la garde du sanctuaire avaient vécu dans des tentes. Qusayy leur enjoignit de se bâtir des maisons, lui-même s’étant déjà construit une demeure spacieuse qui fût bientôt connue sous le nom de « Maison de l’Assemblée ».
Alors que tout paraissait harmonieux, des germes de discorde ne tardèrent pas à être semés. Une caractéristique du lignage de Qusayy est qu’il a toujours fourni, à chaque génération, un homme qui se distinguait nettement des autres. Parmi les quatre fils de Qusayy, cet homme fut ‘Abdu Manâf, que l’on honorait déjà du vivant de son père. Or Qusayy avait une préférence marquée pour son premier-né, ‘Abd ad-Dâr, qui était pourtant le moins doué de tous. Peu de temps avant sa mort, il lui dit : « Mon fils, je te placerai au même rang que les autres, même si les gens honorent ceux-ci davantage. Nul n’entrera dans la Ka’bah si tu ne lui y donnes accès ; nulle autre main que la tienne ne pourra nouer pour les Quraysh leur étendard de guerre ; aucun pèlerin ne puisera de l’eau pour boire à La Mecque à moins que tu ne lui en donnes le droit, et ne mangera d’autre nourriture que celle que tu lui fourniras ; et les Quraysh ne prendront nulle décision si ce n’est dans ta maison ». L’ayant ainsi investi de tous les droits et de tous les pouvoirs, il lui transféra la propriété de la Maison de l’Assemblée.
Par piété filiale, ‘Abdu Manâf accepta sans discussion les volontés de son père ; mais à la génération suivante, la moitié des Quraysh se rassembla autour du fils de Abdu Manâf, Hâshim, qui était manifestement l’homme le plus remarquable de son temps, et demanda que les droits fussent transférés du clan de ‘Abd ad-Dâr à celui de Hâshim. Les partisans de Hâshim et de ses frères étaient les descendants de Zuhrah et de Taym, ainsi que tous les descendants de Qusayy à l’exception de ceux de la branche aînée. Les descendants de Makhzûm et des autres cousins éloignés soutenaient que les droits devaient demeurer à la famille de Abd ad-Dâr.
Les esprits commencèrent à s’échauffer, au point que les femmes du clan de Abdu Manâf apportèrent une coupe pleine d’un parfum précieux et la placèrent auprès de la Ka’bah. Hâshim, ses frères et tous leurs partisans y trempèrent les mains et jurèrent solennellement qu’ils ne s’abandonneraient jamais, frottant leurs mains enduites de parfum sur les pierres de la Kaaba afin de sceller leur pacte. C’est ainsi que ce groupe de clans reçut l’appellation de « Gens du parfum », tandis que les alliés de ‘Abd ad-Dâr, qui avaient de même prononcé un serment d’union, furent appelés les « confédérés ».
Toute violence était strictement interdite, non seulement dans le sanctuaire lui-même, mais également sur un territoire qui couvrait plusieurs kilomètres autour de La Mecque ; les deux groupes étaient donc sur le point de quitter cette enceinte sacrée pour se livrer à une lutte à mort lorsqu’un compromis fut suggéré et que l’on aboutit à un accord : les fils de Abdu Manâf auraient le droit de prélever l’impôt et de donner à manger et à boire aux pèlerins, tandis que les fils de ‘Abd ad-Dâr garderaient les clés de la Ka’bah et leurs autres droits et que leur maison continuerait d’être la Maison de l’Assemblée.
Les frères de Hâshim convinrent de lui confier la charge de nourrir les pèlerins. Chaque année, lorsque approchait l’époque du Pèlerinage, il avait coutume de se lever au milieu de l’Assemblée et de déclarer : « O gens des Quraysh, vous êtes les voisins de Dieu, le peuple de Sa maison ; et pour cette fête, des visiteurs de Dieu viennent à vous, en pèlerinage à Sa maison. Ils sont les invités de Dieu et nul invité n’a autant droit à votre générosité que Ses invités. Si ma propre richesse suffisait à y pourvoir, je ne vous ferais pas supporter ce fardeau ».
Hâshim jouissait d’un grand respect, tant à La Mecque qu’au-dehors. Ce fut lui qui établit les deux grands itinéraires caravaniers partant de La Mecque, la caravane d’hiver à destination du Yémen, et la caravane d’été dirigée vers le nord-ouest de l’Arabie et par-delà, jusqu’en Palestine et en Syrie, qui formaient alors une province de l’empire romain placée sous domination byzantine. Les deux itinéraires longeaient l’ancienne route de l’encens, et l’oasis de Yathrib, située à onze journées de chameau au nord de La Mecque, était l’une des principales haltes des caravanes d’été. Cette oasis avait jadis été habitée en majorité par des juifs, mais une tribu arabe originaire du sud de l’Arabie s’en était par la suite assurée le contrôle. Les juifs n’en continuaient pas moins à y vivre de façon très prospère et à participer à la vie publique tout en pratiquant leur propre religion. Quant aux Arabes de Yathrib, ils possédaient certaines traditions matriarcales et on les désignait collectivement comme « les descendants de Qaylah », nom de l’une de leurs aïeules. Cependant, ils s’étaient à une certaine époque scindés en deux tribus distinctes, les Aws et les Khazraj, issues de deux fils de Qaylah.
L’une des femmes les plus influentes des Khazraj était Salmâ, fille de ‘Amr, du clan de Najjâr, et Hâshim la demanda en mariage. Elle y consentit à la condition de pouvoir garder intégralement le contrôle de ses propres affaires ; et quant elle lui eut donné un fils, elle garda l’enfant auprès d’elle, à Yathrib, jusqu’à sa quatorzième année, voire davantage. Hâshim n’était pas opposé à cette décision car, en dehors de la fièvre des oasis qui, d’ailleurs, présentait plus de danger pour les nouveaux venus que pour les autochtones, le climat était plus sain à Yathrib qu’à La Mecque. En outre, comme lui-même se rendait fréquemment en Syrie, il demeurait quelque temps en compagnie de Salmâ et de son fils à l’aller et au retour de ses expéditions. Pourtant Hâshim n’était pas destiné à vivre longtemps : au cours d’un de ses voyages, il tomba malade à Gaza en Palestine, et y mourut en l’an 497.
Hâshim avait deux frères, Abdu Shams et Muttalib, et un demi-frère, Nawfal. Comme le premier et le dernier étaient souvent absents de La Mecque à cause de leurs activités commerciales, et pour d’autres raisons inconnues encore, ce fut Muttalib qui reprit le droit de donner à boire (cette fonction est la Siqâya) aux pèlerins et de prélever l’impôt pour subvenir à leur nourriture. Le jour vint où, à son tour, Muttalib sentit qu’il était de son devoir de songer au choix de son propre successeur. Hâshim avait eu trois fils de ses autres épouses. Mais, à en croire la rumeur publique, aucun d’eux — pas plus d’ailleurs qu’aucun des fils de Muttalib lui-même — ne soutenait la comparaison avec le fils de Salmâ. Malgré sa jeunesse, Shaybah — on lui avait donné ce nom parce qu’il avait une mèche de cheveux blancs — manifestait déjà d’exceptionnelles qualités de chef, et les voyageurs arrivant de Yathrib ne cessaient de faire grandir à La Mecque la renommée du jeune homme. Désireux de se rendre compte par lui-même de ce qu’il en était, Muttalib se rendit à Yathrib et ce qu’il vit le convainquit de demander à Salmâ de lui confier son neveu.
Salmâ répugnait à laisser partir son fils, et celui-ci refusa de quitter sa mère sans son accord. Muttalib insista, faisant valoir à la mère et au fils que les possibilités offertes à Yathrib étaient infimes en comparaison de celles qui s’ouvraient à La Mecque. En tant que gardiens de la Maison sainte, les Quraysh surpassaient en dignité toutes les autres tribus arabes et tout portait à croire qu’un jour Shaybah reprendrait la charge qu’avait remplie son père et qu’ainsi il deviendrait l’un des chefs des Quraysh. Pour y parvenir, il fallait toutefois qu’il commençât à s’intégrer à son peuple, car un simple expatrié ne pouvait obtenir de tels honneurs. Salmâ finit par se rendre à ces arguments, d’autant que si son fils partait à La Mecque, il leur serait facile, à l’un comme à l’autre, de se rendre visite. Elle consentit donc à le laisser partir avec Muttalib qui le prit en croupe sur son chameau.
Alors qu’ils franchissaient les portes de La Mecque, Mutttalib entendit quelques personnes s’exclamer à la vue de jeune inconnu : « Voici ‘Abd al-Muttalib ! » c’est-à-dire : « l’esclave de Muttalib ». « Pauvres de vous ! leur lança Muttalib, il n’est rien moins que le fils de mon frère Hâshim ! » Les rires qui accueillirent ces paroles ne furent que le prélude à une gaieté qui gagna rapidement toute la cité, à mesure que le récit de cette méprise se propageait de bouche en bouche. Et depuis ce jour, le jeune homme fut connu de tous sous l’appellation affectueuse de ‘Abd al-Muttalib.
Lorsque plusieurs années après, Muttalib mourut, nul ne songea à contester à son neveu la capacité de lui succéder dans la charge de nourrir et d’abreuver les pèlerins. On dit même qu’il aurait surpassé tant son père que son oncle dans l’accomplissement de cette tâche.
LE TRESOR RETROUVÉ
Dans le prolongement de la face nord-ouest de la Kaaba s’étend une petite enceinte délimitée par un muret en forme de demi-cercle. A ses deux extrémités, le muret s’arrête à quelque distance des angles nord et ouest de la Maison sacrée, laissant un passage libre pour les pèlerins. Beaucoup de ceux-ci, cependant, n’empruntent pas ce passage mais, contournant le muret par l’extérieur, incluent l’enceinte dans leurs circumambulations. Cet espace s’appelle Hijr ‘Ismâ’îl car les tombes d’ Ismâ’îl et d’Hajar se trouvent sous les dalles qui pavent le sol. ‘Abd al-Muttalib aimait tellement se tenir auprès de la Ka’bah qu’il étendait parfois sa couche dans le Hijr.
Une nuit, alors qu’il dormait à cet endroit, une silhouette fantomatique lui apparut en songe et lui dit : « Déterre la douce clarté ! – Qu’est-ce que la douce clarté ? » demanda-t-il, mais son interlocuteur disparut. En se réveillant il n’en ressentit pas moins une telle impression de bonheur et de paix qu’il décida de passer la nuit suivante au même endroit. Le visiteur revint et lui dit : « Déterre la grande bonté ! » Mais à nouveau, sa question ne reçut aucune réponse. La troisième nuit, il entendit : Déterre le trésor ! » et une fois encore, à peine interrogée, l’ombre s’évanouit. Mais la quatrième nuit, l’ordre fut : « Déterre Zemzem ! » et cette fois-ci, ayant demandé « Qu’est-ce que Zemzem ? » il reçut cette réponse :
Déterre-la, tu ne le regretteras pas,
Car elle est pour toi l’héritage
De ton plus illustre aïeul.
Jamais elle ne tarira ni ne manquera
D’étancher la soif des pèlerins innombrables.
Puis le personnage lui dit de chercher un endroit où il trouverait du sang, de la fiente, une fourmilière et des corbeaux en train de becqueter. Puis il lui donna l’ordre de prier pour obtenir une eau claire, vive et abondante qui abreuverait les pèlerins durant tout leur pèlerinage.
Au point du jour, ‘Abd al-Muttalib se leva et sortit du Hijr par le coin nord de la Maison sacrée, nommé l’angle irakien. Puis il longea le mur nord-ouest à l’extrémité duquel s’ouvre la porte de la Ka’bah. Après l’avoir dépassée, il s’arrêta quelques pas plus loin, à l’angle oriental, où il baisa avec vénération la Pierre noire. De ce point il repartit en sens inverse pour accomplir le rite de circumambulation que les descendants d’Abraham, aussi bien la branche issue d’Ismâ’îl que celle issue d’Ishâq (Isaac), accomplissent autour de leurs sanctuaires, dans le sens contraire à celui du mouvement solaire. Laissant la porte derrière lui, il gagna le coin irakien et traversa le Hijr pour atteindre l’angle occidental, dit syrien, puis le coin yéménite de la Pierre noire, il pouvait voir devant lui la masse sombre du Mont Abû Qubays et, au-delà, les collines orientales plus lointaines dont les contours se détachaient nettement sur le fond de lumière dorée. Il fit sept fois le tour du Sanctuaire et, à chaque fois, la luminosité devenait sensiblement plus vive, car en Arabie les aurores et les crépuscules sont de courte durée. Le rite terminé, il alla de la Pierre noire vers la porte de la Ka’bah, saisit l’anneau de métal suspendu au verrou et, tout en le serrant dans sa main, récita la prière qui lui avait été prescrite.
Un battement d’ailes se fit entendre, un oiseau se posa sur le sable derrière lui, bientôt suivi d’un autre. Quand il eut achevé sa supplique, ‘Abd al-Muttalib se retourna et les observa : ils se dirigeaient en clopinant de leur pas de corbeaux vers deux rochers en forme de statue qui se dressaient à moins d’une centaine de mètres de là, à peu près dans l’axe de la porte. On les avait adoptés comme idoles, et c’est entre eux deux que les Quraysh immolaient leurs victimes. Aussi bien que les corbeaux, ‘Abd al-Muttalib savait qu’il y avait toujours du sang dans le sable à cet emplacement. On y trouvait aussi des excréments et, s’étant approché, ‘Abd al-Muttalib y découvrit une fourmilière.
Il retourna chez lui prendre deux pioches, dont une pour son fils Hârith qu’il amena avec lui à l’endroit où il savait devoir creuser. Le choc sourd de leurs outils dans le sable et le spectacle insolite qu’ils formaient dans cette cour visible de tous les côtés attirèrent bientôt une foule de curieux. Malgré le respect qu’inspirait ‘Abd al-Muttalib, quelques individus ne tardèrent pas à protester, disant qu’il était sacrilège de creuser à l’endroit où l’on sacrifiait aux idoles et qu’il fallait arrêter cette opération. ‘Abd al-Muttalib rétorqua qu’il n’en ferait rien et il dit à Hârith de se tenir auprès de lui et d’empêcher quiconque de l’interrompre pendant qu’il creuserait. Ce fut un moment d’extrême tension, qui aurait pu mal tourner. Mais les deux Hâshimites étaient résolus et unis tandis que les curieux e trouvaient pris au dépourvu. Au reste, ces idoles, Isâf et Nâ’ilah, n’occupaient pas un rang très élevé dans la hiérarchie des idoles mecquoises, et certains prétendaient même qu’il s’agissait d’un homme et d’une femme jurhumites changés en pierre pour avoir profané la Kaaba. Aussi ‘Abd al-Muttalib continua-t-il à creuser sans que quiconque essaie vraiment de l’en empêcher.
Quelques personnes étaient déjà en train de s’éloigner du Sanctuaire lorsque soudain la pioche heurta la pierre qui couvrait le puits, et ‘Abd al-Muttalib poussa un cri de louange à Dieu. La foule se reforma et se mit à grossir ; et lorsque fut mis au jour le trésor que Jurhum avait enfoui, chacun prétendit en avoir sa part. Pour pouvoir déterminer la part qui resterait au Sanctuaire, celle qui lui reviendrait personnellement et celle qui serait partagée entre les membres de la tribu, ‘Abd al-Muttalib admit que chaque pièce ferait l’objet d’un tirage au sort. Telle était la procédure officielle pour le règlement des cas litigieux et, pour ce faire, on avait recours au tirage des flèches divinatoires à l’intérieur de la Kaaba, devant l’idole Hubal. En l’occurrence, une partie du trésor revint à la Ka’bah et une autre à ‘Abd al-Muttalib, mais l’ensemble des Quraysh n’en obtint aucune pièce. Il fut aussi convenu que le clan de Hâshim aurait la charge du puits de Zemzem puisque la Siqâya lui incombait déjà.
tiré du livre de Martin Lings "le Prophète Muhammad", Eds du Seuil, Paris.
sources principales : La Sira Rasul Allah d'Ibn Ishaq et le Kitab at-Tabaqat al Kabir d'Ibn Sa'd". ...
A Suivre...
Commentaires (5 Commentaires)
Sabiha - le lundi 07 avril 2008, à 13:06 "Le Musulman est un Miroir pour le Musulman", ces gens-là ne veulent pas et ne peuvent pas se mirer dans le miroir du souvenir du Prophète (saaws). Ce qu'ils y verraient leur serait insupportable !. Alors, il ont choisi de l'ignorer !. Quand bien même la deuxième partie de la Chahada, 1er Pilier de l'Islam, montre à l'évidence que c'est par cette "porte" que nous est venue La Bonne Nouvelle et que c'est "Le passage obligé" pour ceux qui font le chemin du Retour ! (cours d'un théologien de la mosquée de Paris).
Si on veut être tolérants avec eux, disons qu'il faut toujours être vigilant sur la question du Cherk et de l'idolâtrie pour ne jamais perdre de vue L'Unicité Divine "car si tu Le ne vois pas, Lui te voit".
Ces gens-là n'ont aucune autorité spirituelle authentique pour se présenter comme meilleur musulman que les autres.
Ils veulent exercer un pouvoir, une tyrannie, une terreur, sur les gens.
Les conséquences néfastes de leur activisme n'est plus à démontrer mais il y a encore des tonnes de S barrés à leur disposition !.
"la vérité se distingue suffisamment de l'erreur".
"il arrivera un temps où pratiquer sa religion sera comme tenir une braise ardente dans le creux de sa main ".
Ce qu'il s'est passé en Algérie n'a pas eu lieu dans les pays voisins. Il existe quelques éléments de réponse sur les causes de cette fragilité partielle et cela a un rapport avec la destruction de l'esprit traditionnel (les puissantes confréries algériennes) par l'armée coloniale française puis les pouvoirs successifs influencés par les aspects négatifs des idées réformistes-nationalistes d'où sont sortis ces mouvements extrémistes.
Selon certains observateurs, l'extrémisme va se multiplier partout dans le monde et sous différentes formes.
Alors, oui, Tahar Zouba, que Dieu nous éloigne très très loin d'eux comme il a éloigné les Cieux de la Terre, amin, amin, amin !!!.
Wa Salam alaïkoum !.Sabiha - le lundi 07 avril 2008, à 11:49 Salut Tahar ! Cela fait un moment que je voulais réagir à ton commentaire ... D'abord, ton nom m'a remis en mémoire les Zouba de Bologhine Saint eugène ... ensuite je me suis souvenue que la première fois que j'y ai été, je devais avoir 12 ou 13 ans et devinez chez qui ? ... le grand foorballeur Boubekeur ! Je ne sais plus dans quelles circonstances mais je me souviens qu'il était fiancé avec une femme, (une belle brune plantureuse !) qui se nommait Malika. Elle faisait des ménages chez une P.N. du quartier Jordi, à H-Dey, et venais voir ma mère de temps à autre. C'est bien après que j'ai su que Boubekeur était un grand nom du football algérien et mondial !.
( à suivre, inch'Allah !).
tahrzouba - le mardi 18 mars 2008, à 22:18 et dire qu'il y a des illuminés qui qualifient la célébration du mawlid ennabaoui acharif de "bidaa"
Bénie soit cette bidaa pour ceux qui vénèrent le prophète sallallahou aalehi oua sallam et qui perpétuent cette tradition héritée de leurs aieux Quant à vous les "illuminés" que Dieu vous préserve de cette bidaa et vous en éloigne comme il a éloigné les cieux de la terre (comme ça vous serez à l'abri de la colère de Dieu quand elle s'abattra sur ceux qui chaque année chantent "talaa l'badrou aleina" que dieu vous éloigne très très loin d'eux!!!! amine amine amine!!!)spa2_2005@yahoo.fr - le mardi 18 mars 2008, à 18:33 ca c'est un bon sujet
bonne chance
Sabiha - le mardi 18 mars 2008, à 11:21 Cette voix est celle de Cat Stevens Youssef Islam. J'ai pensé que cette version nous changerait un peu que celle que l'on entend d'habitude et que l'on peut retrouver sur Youtube.
Les images montrent la mosquée de Médine où se trouve le tombeau du Prophète Mohammad (SAAWS).
Bonne fête à tous les Musulmans.
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Dernière mise à jour de cette rubrique le 19 mars 2008