| Heidegger Martin |
Martin Heidegger est un philosophe allemand né à Messkirch le 26 septembre 1889 et décédé le 26 mai 1976 à Fribourg-en-Brisgau. Marié le 21 mars 1917 avec Elfride Petri, il était père de deux fils : Jörg et Hermann. Il a été l'élève et l'assistant de Husserl. Il est l'auteur d'Être et Temps (Sein und Zeit) et a influencé de nombreux philosophes comme Sartre, Merleau-Ponty ou Derrida.
Son œuvre a été à l'origine de nombreuses polémiques, les uns le considérant comme un des philosophes continentaux les plus importants, alors que d'autres ne voient dans son œuvre qu'un jargon incompréhensible. Ses rapports avec l'idéologie nazie lui ont aussi valu de nombreuses critiques.
Biographie
Elevé dans un milieu très catholique, son père était sacristain, Heidegger fit des études secondaires au Lycée jésuite de Constance, ensuite de Fribourg. Puis, à l'Université de cette ville, il suivra un enseignement soutenu en théologie, des cours de philosophie, mais aussi de mathématiques et de sciences. Il se destinait, sans conviction, à la prêtrise avant d'abandonner la foi. Il dira ensuite que celle-ci est radicalement incompatible avec la philosophie.
Le 31 juillet 1915 il est habilité à enseigner, comme chargé de cours, après avoir présenté sa thèse La doctrine des catégories et de la signification chez Duns Scot.
Après la Première Guerre mondiale, il devient l'assistant, personnel, de Husserl dont il partage les réflexions et les recherches sur la phénoménologie.
En 1923, il est nommé professeur, non titulaire, à l'Université de Marbourg. L'année suivante, il fera la connaissance de Hannah Arendt qui sera son élève et avec laquelle il aura une liaison clandestine qu'il interrompra lors de son départ pour Fribourg.
Le 12 mars 1926, il présente à Husserl, à l'occasion d'une réception pour les 67 ans de celui-ci, le manuscrit de Sein und Zeit (Être et Temps), son premier ouvrage, qui sera publié, l'année suivante, à la demande du doyen de l'Université de Marbourg.
En 1928, il prend la suite de son maître Husserl, parti à la retraite, à l'Université de Fribourg. Lors des élections de 1932, il vote pour le parti national-socialiste (NSDAP), en deviendra adhérent l'année suivante, jusqu'en 1945.
Le 21 avril 1933, il est élu recteur de l'Université de Fribourg trois mois après l'avènement de Hitler comme chancelier du Reich (le 10 janvier 1933). Il prononcera le fameux Discours du Rectorat, qui lui sera constamment opposé. En désaccord sur l'idéologie politique du national-socialisme, qui ne correspondrait pas avec l'idéal philosophique qui est le sien, il démissionne de ses fonctions administratives le 21 avril 1934 mais poursuivra son enseignement jusqu'à la fin de la guerre.
En 1945, à la fin de la Seconde Guerre mondiale il sera interdit d'enseigner par les allemands puis par les vainqueurs de la guerre. Cette interdiction sera levée en 1951. Aussi, reprendra-t-il ses cours jusqu'en 1958, date de son départ à la retraite de l'Université. Par la suite, il continuera d'animer des séminaires et de participer à des colloques jusqu'en 1973. Il meurt en 1976.
Philosophie
L'intention de Heidegger pourrait se résumer par une déconstruction de la métaphysique occidentale afin d'y reformuler une ontologie.
Il propose de comprendre l'essence de l'homme en partant de la vérité de l'Être. Radicale nouveauté qui paraît rompre avec la tradition depuis les origines grecques de la philosophie.
Cette démarche s'articule en deux périodes. D'une part, la question du sens de l'Être (Dasein) dont Sein und Zeit est l'œuvre maîtresse et d'autre part, celle des conditions d'une manifestation de la vérité, notamment au travers du langage poétique en qui il voit un accès à l'Être lui-même.
En effet, notre existence quotidienne se caractérise par des conduites inauthentiques qui occultent l'être en le précipitant dans une vacuité ontologique dont la technique est la plus parfaite expression. L'homme découvre, par l'expérience de l'angoisse, que le néant est le fondement de son être en tant qu'"être-pourmort" (voir concaténation de mots).
L'importance fondamentale de Heidegger tient à ce fait : en lui, l'histoire de la philosophie s'auto-examine, se récapitule et se clot par un geste hardi où elle se transcende en s'abolissant. (Aufhebung)
Ainsi l'histoire de la philosophie ne se termine pas par une mort sanglante et criminelle. Elle n'est pas assassinée par un adversaire des philosophes. Mais elle meurt en libérant une nouvelle puissance de vie qui accomplit son destin, comme la chrysalide se suicide pour donner naissance au papillon.
Avec Heidegger, la philosophie se conçoit elle-même comme une parenthèse ouverte avec Platon et close au XXe siècle, qui ouvre sur une nouvelle perspective, qui est en même temps retour au plus ancestral: l'écoute de la voix de l'Etre dans le mythe pour que l'homme se libère de l'enferment ontique.
L'œuvre
Son œuvre, qui devrait comporter plus de cent volumes (102 ou 108) quand l'édition en sera achevée, est en grande partie constituée de ses Cours qui reprennent la compréhension de toute l'histoire de la philosophie. Dans chaque philosophie, il entend débusquer l'impensé singulier qui est le sien, dû à l'oubli de l'Être, d'où proviendrait son aveuglement à l'histoire qu'elle contribue pourtant à façonner, promouvant ainsi toujours davantage une métaphysique de la volonté dont l'impasse culmine dans la « volonté de volonté » caractéristique du nihilisme accompli.
Ses sources
Ses sources sont très diverses, de sorte qu'elle constitue une vaste relecture de toute l'histoire de la métaphysique occidentale.
Dans Ontologie, hérméneutique de la facticité, Heidegger écrit : « Mon compagnon de route dans la recherche fut le jeune Luther et mon modèle Aristote, que le premier haïssait. Les coups, c'est Kierkegaard qui me les a portés, et les yeux, c'est Husserl qui me les a implantés ». (Ga 63, pp. 5-6)
Trois chemins menèrent Heidegger à Être et temps, son livre-maître :
Tout d'abord, la pensée aristotélicienne où Heidegger trouve la question du sens de l'être. Il lit dès 1907 le livre de Franz Brentano, De la signification multiple de l'étant chez Aristote (1862). Dans les années 1920, il consacre la plupart de ses cours (1921, 1922, 1924, 1926) à l'interprétation phénoménologique des textes d'Aristote.
Ensuite, la phénoménologiehusserlienne.
Heidegger lit les Recherches Logiques dès 1909. Il devient l'assistant de Husserl à Fribourg et anime des séminaires d'introduction aux Recherches Logiques.
En 1925, dans son cours sur Les Prolégomènes à l'histoire du concept de temps, il rend une nouvelle fois hommage à la percée que constitue à ses yeux l'ouvrage de 1901 et ses trois découvertes fondamentales (l'intentionnalité, le sens phénoménologique de l'a priori et l'intuition catégoriale) mais prend ses distances à l'égard du tournant transcendantal de la phénoménologie husserlienne des Idées directrices (1913). Sein und Zeit est dédié à Husserl, « en témoignage de vénération et d'amitié ». Heidegger lui succède à Fribourg en 1929.
Enfin, la source théologique. « Sans cette provenance théologique, je ne serais jamais parvenu sur mon chemin de pensée », écrit Heidegger dans son « Entretien sur la parole avec un Japonais » (in Acheminement vers la parole).
Heidegger étudie d'abord la théologie avant de s'orienter vers la philosophie. À la fin des années 1910, il rompt avec le catholicisme et étudie les penseurs protestants, essentiellement Luther et Kierkegaard.
Avant Être et temps
En 1918-19, Heidegger élabore un cours sur « Les fondements philosophiques du mysticisme médiéval » (Ga 60), où il cite Maître Eckhart, saint Bernard, Thérèse d'Avila. Heidegger se consacre d'abord à une phénoménologie de la vie religieuse où il trouve les expériences fondamentales de la vie qui le conduisent à l'élaboration de l'analytique du Dasein humain. Son cours d'hiver 1920 porte sur Saint Paul, et celui de l'été 1921 sur Saint Augustin. En 1924, il prononce une conférence sur le péché chez Luther.
En 1927, il prononce une conférence intitulée « Phénoménologie et théologie ». Ses écrits les plus tardifs sont, eux aussi marqués par cette provenance : Le principe de raison, cours de 1955, analyse longuement les vers du mystique Angelus Silesius, et la sérénité (Gelassenheit) est une notion héritée de Maître Eckhart.
Au milieu des années 1920, avec la mise en avant de la question du temps, Heidegger est amené à travailler sur Kant. Il consacre le semestre d'hiver 1927-1928 à une interprétation phénoménologique de la Critique de la raison pure, qui aboutit en 1929 à la publication de Kant et le problème de la métaphysique et à sa célèbre confrontation avec Cassirer la même année à Davos.
La référence à Leibniz est moins présente, mais Heidegger lui consacre quelques séances de son séminaire en 1928, et trouve chez lui la question fondamentale de la métaphysique : « Pourquoi il y a l'étant et non pas plutôt rien ? »
À partir de 1929, Heidegger se tourne vers l'idéalisme allemand. Le séminaire d'été 29 qui porte ce titre, Der deutsche Idealismus (Fichte, Schelling, Hegel) ne sera finalement pas prononcé. Il consacre son séminaire d'hiver 1930 à l'étude de la Phénoménologie de l'Esprit de Hegel, et son séminaire d'été 1936 à l'étude de Schelling.
Être et Temps
Être et Temps (Sein und Zeit, 1927), l'œuvre la plus importante, constitue la première partie d'un projet qui ne fut pas mené à terme. Elle marque un tournant important de la philosophie continentale (Lévinas - qui s'opposa pourtant à Heidegger, sur la question de l'ontologie, considéra à sa lecture qu'elle faisait partie des grands textes philosophiques imprescriptibles). C'est sous son influence que se développent l'existentialisme et la déconstruction.
Elle interroge le sens de l'être, thème fondamental de l'ontologie, définie par Aristote comme étant la question de l'être en tant qu'être.
Pour Heidegger, celle-ci est tombée dans l'oubli et la trivialité (la tradition philosophie qu'il faudra détruire - ou, suivant les traductions - déconstruire), et doit être reposée à la lumière d'une « analytique du Dasein », c'est-à-dire une étude structurelle de l'existence humaine.
« Le Dasein (littéralement "Être-là" c'est-à-dire l'existence humaine pensée comme présence au monde ou "Être au monde") est un étant (c'est-à-dire, l'existant, l'être réel, concret) qui ne se borne pas à apparaître au sein de l’étant. Il possède bien plutôt le privilège ontique suivant : pour cet étant, il y va en son être de cet être. […] La compréhension de l’être est elle-même une déterminité d’être du Dasein. Le privilège ontique du Dasein consiste en ce qu’il est ontologique. » (Être et Temps).
Autrement dit, l'homme est cet étant ontologiquement privilégié en ceci qu'il a toujours déjà une certaine entente de l'être, non une connaissance, mais une certaine compréhension implicite et non thématique de ce que signifie « Être » pour les étants (les choses qui sont) qui l'entourent. La connaissance de l'étant est dite ontique : la science est un exemple de connaissance ontique en ce qu'elle n'interroge jamais les présupposés de ses relations aux objets. La question de l'être de l'étant, quant à elle, est dite ontologique.
Heidegger et l'histoire de la philosophie
Heidegger entreprit de relire presque tous les philosophes, et de reprendre, à nouveau, l'histoire de la philosophie sous l'angle de l'ontologie fondamentale dessinée dans Être et Temps qui jette, selon lui, un « nouvel éclairage critique sur la métaphysique, qu'il ne cesse de penser jusque dans ses conséquences ultimes, contribuant ainsi à son écroulement ».
La métaphysique est accomplie et sa fin doit être désormais entérinée -c'est le thème de la fin de la métaphysique.
L'histoire de la philosophie, d'après la compréhension qu'il en suggère, est l'histoire de « l'oubli de l'Être par le fait de privilégier la connaissance de l'étant en adoptant le point de vue de l'étant ». Ainsi plongée dans l'oubli de sa provenance (soit la parole de l'Être qui se laisse encore entendre chez les présocratiques et qui a été, depuis, oubliée) et livrée à l'étude de l'étant, elle se trouve exposée à céder devant la science sinon à s'y réduire - la science dont le trait qui la caractérise est qu'elle « ne pense pas ».
Heidegger ne cessera de creuser les questions qu'il pose à toute la philosophie, depuis les présocratiques, sous l'égide de la question de l'Être, et à partir d'une « nouvelle compréhension de la vérité », non plus entendue comme adaequatio (entre réel et esprit, ou, en termes modernes, sujet et objet), mais comme alêthéïa (le non-voilé), comme dé-voilement de l'Être, qui se tient en retrait, ressource infinie de possibles.
Le tournant (Kehre) dans la pensée de Heidegger
Le tournant historial (Kehre) de la pensée de Heidegger, devenant une « méditation de l'histoire de l'Être », entendue au sens d'un génitif subjectif, comme « l'histoire de la métaphysique occidentale » en laquelle l'Être se dispense en se retirant, le conduit à se tourner vers le commencement de cette histoire : les présocratiques. Il consacre son séminaire d'été 1932 à l'étude d'Anaximandre et Parménide.
Des cours sont encore par la suite consacrés à Parménide (1942/43) et à Héraclite (1943 et 1944, puis dans en 1966-1967 en commun avec Eugen Fink). Les Chemins qui ne mènent nulle part (« La parole d'Anaximandre ») et les Essais et conférences (« Logos », « Moïra », « Alêthéïa ») reprennent la plupart de ces lectures.
Ce Tournant le conduit corrélativement vers la fin de la métaphysique occidentale, son achèvement dans le nihilisme avec Nietzsche. Heidegger consacre six séminaires à l'étude de son œuvre de 1936 à 1942 qui sont recueillis en deux tomes, Nietzsche I et Nietzsche II. En 1943, il prononce la conférence « Le mot de Nietzsche, Dieu est mort », reprise dans les Chemins. En 1953, il prononce la conférence « Qui est le Zarathoustra de Nietzsche ? », reprise dans les Essais et conférences.
Heidegger et la poésie
Enfin, Heidegger consacre, à partir des années trente et jusqu'à la fin de sa vie, de nombreuses études à la poésie. Son cours de 1934-35 est une lecture des hymnes « La Germanie » et « Le Rhin » de Hölderlin. D'autres séminaires suivront, consacrés à « Souvenir » (1941-42) et à « L'Ister » (1942).
En 1946, il prononce la célèbre conférence « Pourquoi des poètes ? », interprétation de Hölderlin et Rilke, reprise dans les Chemins. En 1951, il prononce une conférence méditant les mots d'Hölderlin « L'homme habite en poète », reprise dans Essais et conférence.
En 1958, il prononce une conférence sur Johann Peter Hebel. 1959, il publie Acheminement vers la parole, recueil de conférences méditant la Sprache à partir de Hölderlin, Georg Trakl, Stephan George et Novalis. L'ouvrage est dédié au poète français René Char, que Heidegger lit et rencontre : « pour René Char / en remerciement de l'habitation poétique tout proche au temps des séminaires du Thor / avec le salut de l'amitié ».
Enfin, en 1967, puis en 1970, Heidegger assiste à Fribourg aux lectures de Paul Celan (sur cette rencontre, cf. H. France-Lanord, Paul Celan et Martin Heidegger, Fayard, 2004).
L'apolitisme heideggérien
La plupart des interprètes considèrent que les thèses de Heidegger, en particulier celles développées Sein und Zeit, marquent l'absence de pensée politique. Ce que certains précisément lui objecteront comme un manque. Ses concepts existentiaux sont, en effet, exempts de toute historicité (le Dasein et l'angoisse qui le caractérise comme Être-pour-la-mort, sont des universels an-historiques).
Heidegger semble mépriser la sphère politique, parce qu'elle relève de analyse d'un domaine particulier de l'étant, relevant d'un discours du « on », domaine de l'inauthenticité conduisant à toutes les illusions dans lesquelles se laisse aller le Dasein, et qui contribuent à lui voiler l'accès à sa vérité existentielle.
Contemporain de Heidegger, Helmuth Plessner est un de ceux qui dénonceront ce manque. Heidegger ne proposerait que des définitions "neutres" de l'existence humaine, à partir desquelles aucune analyse politique ne peut être élaborée, ni aucune décision prise par rapport à une conjoncture historique et politique.
Or, explique Plessner, l'essence de l'homme n'existe pas, elle ne tient dans aucune définition, parce qu'il est appelé à se déterminer lui-même dans l'histoire, de manière historique et selon les situations où il devient ce qu'il a décidé d'être.
Plessner soutient que l'Homme ne peut être contenu dans « aucune définition neutre d'une situation neutre ».
En 1931, il écrit Le Pouvoir et la nature humaine, après la percée des nationaux-socialistes aux élections de 1930. C'est dans ce contexte qu'il exhorte la philosophie à se réveiller de son rêve, à cesser de croire qu'elle pourra saisir le « fondement » de l'homme. Son concept d'historicité l'amène à penser qu'elle doit se risquer dans le domaine de la politique et prendre la responsabilité de s'affronter à ses dangers. La politique est définie selon Plessner, de manière très « machiavelienne », comme « l'art de l'instant favorable, de l'occasion propice », ce que les Grecs appelaient le kairos et ce pourquoi Machiavel associait la fortuna à la virtù nécessaire à l'homme politique.
Et en 1931, l'impératif du moment, pour un philosophe, est précisément de saisir la dimension politique qui construit l'homme, son appartenance à un peuple qui est son trait distinctif, et l'importance de la nationalité (Volkstum).
Plessner adresse une seconde critique à Heidegger : celle de ne pas accorder suffisamment d'attention à la nationalité, à partir de laquelle se posent tous les problèmes politiques d'un peuple.
L'homme n'existe que dans l'horizon de son peuple. Selon Plessner, la philosophie de l'authenticité ne fait que creuser le fossé, traditionnel en Allemagne, entre « une sphère privée du salut de l'âme et une sphère publique du pouvoir ». Selon lui, Heidegger favorise ainsi l'indifférence en politique.
Heidegger cependant, dans Sein und Zeit, consacre certains paragraphes, peu nombreux, à penser l'historicité d'un peuple et ce qu'il appelle le "destin d'un peuple". D'une part, le Dasein, est toujours un Mitsein, un être-avec, qui vit au sein d'une communauté de semblables, une société politique.
D'autre part, au § 74, il déclare que le destin historique, authentique, du Dasein ne s'accomplit que « dans la communauté, le peuple ». En outre, il insiste sur le fait que cet advenir ne repose aucunement sur la réunion de « destins isolés ».
Heidegger dans Être et temps propose au Dasein un idéal de liberté qui est avant tout libre rapport de l'individu à soi-même.
Heidegger souligne les puissances d'existence factices que sont la communauté et le peuple. Là aussi, chacun est jeté, dans un peuple, dans une communauté, qu'il n'a pas choisi. De sorte que le Dasein authentique, qui a accepté de reconnaître son état d'"être-jeté" dans l'existence, peut et doit reconnaître de même, sans illusions, qu'il se trouve jeté dans un peuple, à un certain moment de l'histoire, dans une culture.
C'est cet ensemble de pré-conditions de toute existence, non choisies, qui fait la condition de tout Dasein, universelle parce que la même pour tous. Et, l'intrication des données factices de toute existence humaine individuelle et de l'histoire en devenir d'un peuple, d'une communauté, est nommée par Heidegger, "destin". Cette appartenance historique, peut, de même que l'existence individuelle, être vécue de manière authentique ou inauthentique, selon que le Dasein, reconnaît le destin de son peuple, s'en soucie et assume ses responsabilités.
Critiques
L'importance donnée à Heidegger dans le monde de la philosophie continentale (un monde qu'il contribua fortement à créer) est très grande. Néanmoins, sa réception parmi les philosophes analytiques est différente.
À l'exception d'une recension favorable de "Être et Temps" par Gilbert Ryle dans l'article "Mind of Being and Time" peu de temps après sa publication, les contemporains analytiques de Heidegger trouvèrent autant le contenu (s'il y en avait un) que le style comme des exemples de la pire façon de faire de la philosophie.
La tradition analytique valorise la clarté d'expression, tandis que Heidegger pensait que "se rendre intelligible est suicide pour la philosophie." Outre l'accusation d'obscurantisme, les philosophes analytiques considèrent le contenu pouvant être glané des œuvres de Heidegger comme trivialement faux, non-vérifiable ou inintéressant. Cette vision a largement survécu : Heidegger est encore moqué par la plupart des philosophes analytiques, qui jugent son travail comme désastreux pour la philosophie, puisqu'une ligne claire peut être tracée de lui à la plupart des variétés de la pensée post-moderne.
Réception
Il eut notamment pour élèves Hannah Arendt, Leo Strauss, Emmanuel Lévinas, Jean Wahl, Hans Jonas, Herbert Marcuse, Max Horkheimer, Oscar Becker, Walter Biemel, Karl Löwith, Hans-Georg Gadamer, Eugen Fink et Jan Patočka.
On peut ajouter que de nombreux philosophes de renom en Europe, ont été soit formés à la pensée de Heidegger, soit largement influencés par son œuvre. En Italie c'est le cas de Giorgio Agamben, Massimo Cacciari, Gianni Vattimo, parmi d'autres, en Allemagne Ernst Tugendhat, Peter Sloterdijk, en Espagne, José Ortega y Gasset, Xavier Zubiri, Julián Marías, en Grèce Kostas Axelos, en Roumanie Alexandru Dragomir. Aux États-Unis ou au Canada, nombreux sont également les penseurs qui, tels Hubert Dreyfus, Stanley Cavell ou Richard Rorty, ou encore Charles Taylor, se réfèrent à Heidegger et qui ont connu son influence.
Réception de Heidegger en France
C'est sans doute en France que l'influence de Heidegger fut la plus prégnante. L'ouvrage de référence sur la réception de Heidegger en France est "Heidegger en France" de Dominique Janicaud, publié chez Albin Michel en 2001 (le tome 2 est composé d'entretiens avec les principaux acteurs de cette réception).
C'est Georges Gurvitch qui le premier, en 1928, fit état dans son cours à la Sorbonne de Sein und Zeit.
Mais, c'est à partir de la fin de la Seconde Guerre mondiale que la pensée de Heidegger influence considérablement la vie intellectuelle, notamment au travers de L'Être et le Néant de Sartre, d'inspiration heideggerienne, bien que, dès 1946, dans sa Lettre sur l'humanisme, le maître de Fribourg ait pris ses distances avec l'existentialisme sartrien.
En 1955 il est convié en France par Maurice de Gandillac et Jean Beaufret, pour présenter une conférence à Cerisy. Il rencontre Jacques Lacan chez qui il séjourne. Il fut ensuite régulièrement invité par René Char en Provence, pour tenir des séminaires retranscrits dans Questions IV.
Par ailleurs, l'attitude de Heidegger sous le troisième Reich, et son implication éventuelle dans le régime nazi, font l'objet de polémiques qui suscitent toujours un débat passionné.
La controverse fut ouverte par Karl Löwith, en 1946, dans la revue les Temps modernes et se poursuit encore aujourd'hui.Il fut un penseur de référence pour une pléiade d'auteurs tels Jean-Paul Sartre, Maurice Merleau-Ponty, Alexandre Kojève, Paul Ricœur, Jean-Luc Marion, Claude Romano, dans la lignée de la phénoménologie et des philosophies de l'existence.
Également pour les grands noms du structuralisme Lacan, Foucault, Althusser. Beaucoup d'écrivains comme Maurice Blanchot, Georges Bataille, René Char, Roger Munier, Michel Deguy.
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