| Socrate V e siècle av JC |
Naissance : 469 avant J.-C.
Décès : 399 av. J.-C. ( Athènes )
Principaux intérêts :Éthique
Idées remarquables : Maïeutique, ironie, socratique
Influencé par : Anaxagore de Clazomènes, Prodicos
A influencé : Platon, les socratiques, et tous les philosophes occidentaux
Socrate est un philosophe de la Grèce antique, considéré comme le père de la philosophie occidentale et l'un des inventeurs de la philosophie morale. N'ayant laissé aucune œuvre écrite, sa philosophie nous est parvenue par l'intermédiaire de témoignages indirects (en particulier par les écrits de son disciple Platon).
Biographie
Socrate naquit en 470 avant J.-C. (troisième année de la 77eolympiade), sans doute au mois de mai (6 du mois thargélion), près d’Athènes, dans le dème d'Alopèce, dème qui faisait partie de la tribu d’Antiochide.
Son père, Sophronisque, était sculpteur, et sa mère, Phénarète, sage-femme. Socrate avait un frère, Patroclès, fils du premier mari de sa mère.
Nous ne savons que peu de choses de sa jeunesse. Qu’il fût esclave semble n’être qu’une hypothèse. Il reçut sans doute une éducation classique, que la loi athénienne obligeait un père à donner à son fils : gymnastique, musique (art du chant, de la danse, apprentissage de la lyre et grammaire, ce qui implique l’étude d'Homère, d’Hésiode et d’autres poètes). Diogène Laërce (II, 42) cite le début d’un péan et d’une fable attribués à Socrate :
Socrate semble ne pas s’être contenté de cette éducation. D’après Maxime de Tyr, Socrate s’adressa à toutes sortes de maîtres dès sa jeunesse.
Chose peut-être remarquable en ce temps, parmi ses maîtres, Socrate place plusieurs femmes : Aspasie, compagne de Périclès, célèbre tant par sa beauté que par son esprit, Diotime, prêtresse de Mantinée, qui enseigna à Socrate la science de l’amour, mais cette femme est peut-être un personnage inventé par Platon.
Selon le même auteur, Socrate se serait instruit tout au long de sa vie : il dit être le disciple de Prodicos de Céos, et il fréquente les sophistes (Protagoras, Hippias d'Élis, Polos). Il aurait appris la musique auprès de Connus ou de Damon, la poésie avec Evénus, l’agriculture auprès d’Ischomaque et la géométrie avec Théodore. Il aurait été le disciple du physicien Aechelaus. Il disait ne rien comprendre à Héraclite.
Ces renseignements doivent cependant être considérés avec prudence car les témoignages, sur ces points comme sur d’autres, ne concordent pas toujours. On a notamment souligné le ton ironique de Socrate lorsqu’il prétend être le disciple de quelqu’un .
Selon plusieurs témoignages, il est possible que Socrate ait exercé d’abord le métier de sculpteur.
On lui attribue à tort ou à raison une statue des Grâces qui se trouvait devant l’Acropole. D’après d’autres témoignages, il aurait été banquier. Selon Démétrius de Byzance, c’est Criton qui lui permit de vivre dans un certain loisir pour se consacrer à la philosophie. Il semble avoir disposé ainsi d’une fortune assez confortable. En revanche, d’après Platon, Socrate aurait vécu dans une grande pauvreté, et cette affirmation est confirmée par Xénophon.
Ce point est également confirmé par les surnoms dont l’affublent les comiques (cf. Eupolis ou Aristophane) : le gueux, le mendiant, le va-nu-pieds, etc. Il a également été présenté comme un clochard, sale, se faisant battre par des individus exaspérés par sa manie de la discussion.
Il semble qu’il se soit intéressé d’abord à la philosophie de la nature et aux spéculations de nature physique.
Cet intérêt aurait été suscité par la rupture qu'entretenaient les philosophes pré-socratiques avec le surnaturel et le monde des dieux qui prévalaient jusqu'alors. Mais il semble qu'il ait ensuite été déçu par les explications purement causales d’Anaxagore et il s'éloigne rapidement de ces physiciens, déplorant leur explication matérialiste et le côté limité de leurs méditations basées uniquement sur la nature (φύσις).
L'Apologie de Socrate affirme qu’il ne s’est jamais intéressé à de telles recherches, mais dans son désir de justification, il est possible que Platon ait omis certains aspects de la jeunesse de Socrate, qui lui étaient peut-être même inconnus.
Il semble aussi s’être particulièrement intéressé à l’art de distinguer le sens des mots enseigné par Prodicos, bien qu’il s’y réfère quelquefois avec ironie. Il eut de nombreux disciples : Xénophon, Platon et Alcibiade, son préféré, qu’il sauva à Potidée, une des rares fois où il sortit d'Athènes. Il sauva Xénophon, à Délion, contre les Perses.
Sous la tyrannie des Trente qui dura huit mois, il lui fut interdit d’enseigner. Durant cette période, on lui intima de procéder à l'arrestation d'un citoyen qu'il considérait comme innocent. Il refusa de se soumettre à cet acte inique. Il échappa par chance aux purges des Trente, dont le but était d'éviter toute sédition.
Socrate se maria au moins une fois, avec Xanthippe, qui passe pour une femme particulièrement acariâtre et dont il eut un fils, Lamproclès. Il fit peut-être un second mariage, avec Myrtho, la fille d’Aristide, qui lui aurait donné deux autres fils.
Vivant pauvrement, n’exerçant aucun métier, il parcourait les rues d’Athènes vêtu plus que simplement et sans chaussures, dialoguant avec tous, en cherchant à les rendre plus sages par la connaissance de leur ignorance : « Je sais que je ne sais rien » (« Ἓν οἶδα ὅτι οὐδὲν οἶδα »). Il prétend avoir reçu pour mission d’éduquer ses contemporains :
c’est Apollon « qui lui avait assigné pour tâche de vivre en philosophant, en se scrutant lui-même et les autres ».
Et, en effet, la Pythie de Delphes avait répondu à Chéréphon que nul n’était plus sage que Socrate. Cette mission divine s’exprime également par le démon de Socrate, un signe divinatoire, une sorte de voix intérieure qui lui révèle les actes dont il faut s’abstenir.
Il enseigne, ou plus exactement questionne, gratuitement — contrairement aux sophistes, qui enseignent la rhétorique moyennant une forte rétribution. Cette mission fait de lui à ses yeux le seul citoyen véritable, c’est-à-dire le seul qui s’interroge sérieusement sur la vie politique. Il s’oppose en cela au caractère démagogique de la démocratie athénienne qu’il veut secouer par son action.
Sa manie du questionnement ne cesse pas du matin au soir, car il est « attaché aux Athéniens par la volonté des dieux pour les stimuler comme un taon stimulerait un cheval ».
Les dix dernières années de la vie de Socrate nous sont presque totalement inconnues.
Le procès de Socrate
Plusieurs aristocrates affirmèrent voir en lui un esprit pervertissant les valeurs morales traditionnelles et donc un danger pour l’ordre social. En 399 av. J.-C., Socrate se vit accusé par Anytos, un membre éminent du parti démocratique, ainsi que deux de ses amis, des deux crimes suivants:
Son procès se déroula en deux temps. Tout d'abord, 501 jurés furent réunis pour son jugement. Socrate refusa de lire un discours de défense qui avait été écrit à son attention par Lysias. Il aurait dit à Lysias à ce propos : "C'est comme une belle paire de chaussures qui ne m'irai pas". Socrate préfère alors raconter sa vie aux jurés. Cette attitude lui vaut d'être jugé coupable avec 281 voix contre lui.
Dans la deuxième partie du procès, il est question de choisir la peine encourue par Socrate reconnu coupable : Au choix la mort (ce que souhaitent ses accusateurs), ou une forte amende. Pour inciter les parties à une plus grande modération, les juges devaient non pas déterminer leur propre sentence, mais choisir celle qui, des deux parties, leur paraissait le plus raisonnable. Socrate avait donc la possibilité de proposer une peine qui pût être acceptée par les juges. Socrate se dit alors d'accord pour payer une amende de 25 drachmes, soit autrement dit presque rien.
Socrate fait ici preuve de moquerie pendant son propre procès, et il ose même demander plus que cette amende dérisoire : il prétend qu'avec ce qu'il a fait pour la cité, il mérite d'être hébergé et nourri au Prytanée pour le reste de ses jours (cf. Platon, Apologie de Socrate, 36d-37b). Cette attitude fini d'exaspérer les juges, et Socrate est condamné à mort avec 80 voix de plus.
Socrate se vit alors condamné à boire un poison mortel, la ciguë.
Ayant pendant son emprisonnement l’occasion de s’enfuir, il refusa de le faire au motif que le respect des lois de la cité était plus important que sa propre personne (cf. Platon, Criton). Un esprit analogue animera bien plus tard Régulus.
La mort de Socrate
Jacques-Louis David, La mort de Socrate (1787), conservé au Metropolitan Museum of Art de New York.
Socrate est mort le 7 mai 399 av. J.-C., condamné à boire la ciguë, après avoir été accusé d'impiété et de corruption de la jeunesse, comme le rapporte Xénophon dans les Mémorables :
Il passa les jours qui précédèrent sa mort à dialoguer avec ses amis, comme en témoigne l'écriture du Criton par Platon. Son dernier jour nous est raconté dans le Phédon : il s’agit d’un dialogue sur l’immortalité de l’âme, dont la morale est que le sage doit espérer en un séjour divin après la mort.
Il affirma avant sa mort croire aux dieux athéniens comme n’y croit aucun de ses accusateurs, et recommanda à Criton, son vieil ami « nous devons un coq à Esculape ». Esculape étant le dieu de la médecine, il est possible que cette dernière parole signifie (dans le contexte de la philosophie platonnicienne) "il faut remercier le dieu d'avoir donné aux Hommes la capacité de prendre soin d'eux-mêmes" (sur cette capacité, cf. Platon, Premier Alcibiade).
Nietzsche a donné une autre interprétation de cette parole : "Criton, la vie est une maladie" (cf. Généalogie de la morale) ; voyant en Socrate un philosophe niant le caractère dionysiaque de la vie.
Le reste d’Athènes, par la suite, prit très mal la condamnation de Socrate. Les Athéniens qui avaient participé à sa condamnation furent bannis de la cité et une statue fut érigée pour perpétuer son souvenir. Les récits de Platon et de Xénophon sur le sujet se sont montrés plus durables que celle-ci.
Dans sa Lettre 7, Platon constate la mort injuste de Socrate et déclare que « « les maux ne cesseront pas pour les humains avant que les authentiques philosophes n'arrivent au pouvoir ou que les chefs des cités, par une grâce divine, ne se mettent à philosopher véritablement » »[réf. nécessaire].
Son caractère
Socrate était physiquement très laid : chauve, le nez épaté, il ressemblait à un satyre ou à un silène (cf. Le Banquet). Un tel visage était moralement scandaleux, car la laideur était considérée par les physionomistes de l’époque comme l’indice de l’intempérance et du vice :
Si cette observation nous renseigne sur les préjugés qui avaient cours en Grèce sur l’apparence physique, elle nous donne aussi de précieux renseignements sur le caractère de Socrate grâce sa réponse rapportée par Cicéron :
Son caractère violent est confirmé par un des témoignages les plus directs que nous possédions, celui de Spintharos : son fils rédigea les souvenirs de celui-ci sur Socrate dont il était le contemporain :
Selon Émile Bréhier (Histoire de la philosophie), cette nature violente qu’il a maîtrisée explique sans doute la fascination qu’il exerça sur des hommes aussi ardents qu’Alcibiade et Platon.
La philosophie de Socrate
Les interprétations de la pensée de Socrate sont assez diverses. Nous le voyons par les yeux de ses proches, de ses biographes, de ceux qui en ont proposé une lecture, et des différents courants qui se sont réclamés de lui après sa mort. Le plus ancien de tous les témoignages sont Les Nuées d'Aristophane, qui date de 423, alors que Socrate avait 47 ans. Il avait plus de 60 ans quand il rencontra Platon.
Comment Socrate lui-même se voyait-il, lui dont l'inscription delphique « Connais-toi toi-même » était la devise, voilà une question difficile, souvent ensevelie sous la multitude des interprétations. Néanmoins, il est possible en confrontant ces interprétations de formuler quelques hypothèses relativement solides (ainsi, certains points sont connus par des témoignages d’une fiabilité relativement sûre) et de présenter les divers aspects de la philosophie de cet homme, tels qu’ils ont été compris, même s’ils paraissent contradictoires.
Les sources
Avant d’exposer ce que nous pouvons savoir de Socrate, voici quelques éléments sur l’héritage socratique.
Les premiers témoignages
Outre les dialogues socratiques, on peut distinguer une représentation de Socrate chez Platon :
On doit à Xénophon un témoignage historique de la vie de Socrate qui est généralement jugé assez médiocre en tant que document sur sa pensée.
Il nous reste également des fragments de dialogues socratiques de Phédon (parmi ses œuvres : Simon), d’Eschine et quelques données d’Aristote.
Socrate et la physique
Nous ne savons rien avec certitude des idées de Socrate jeune, ni même du Socrate de la maturité. Les témoignages sur ces points ne s’accordent pas, mais on peut faire quelques hypothèses. Dans le Phédon et dans les Nuées, Socrate est censé s’être d’abord intéressé aux spéculations de la physique.
Mais cet intérêt est catégoriquement nié dans l’Apologie de Socrate, et le caractère historique de cette dernière œuvre semble devoir la rendre plus fiable que les œuvres d’un comique (Aristophane) ou d’un disciple qui met, dans le Phédon, dans la bouche de son maître sa propre théorie des Idées.
Bien plus, dans l'Apologie, Platon fait dire à Socrate que si beaucoup le prennent pour un physicien ou un sophiste, c’est que ses ennemis l’ont fait passer pour tel ; et nous avons également un témoignage d’Aristote qui va en ce sens. Il semble possible d’inférer de l’ensemble de ces témoignages que, si Socrate connaissait vraisemblablement les théories physiques, il s’est toutefois essentiellement préoccupé de questions bien différentes tout au long de sa vie, en déclarant vaines et contradictoires les spéculations des physiologues sur l’unité et la multiplicité, sur le repos et le devenir de l’être, etc.
Ce rejet de la physique ne semble pas être particulièrement spécifique à Socrate : selon Émile Boutroux, les Grecs étaient un peuple politique, artiste et religieux ; la physique ne faisait pas essentiellement partie de leur culture. Selon Xénophon (Mémorables), Socrate divisait les choses en deux : les choses humaines (la piété, la beauté, le juste, les questions politiques, etc.) et les choses divines (la formation du monde par exemple).
Nous pouvons connaître les premières par le raisonnement, mais la connaissance des secondes est réservée aux dieux. On voit là le caractère religieux de la pensée socratique : les physiciens renversent l’ordre divin de la connaissance, et leurs recherches sont donc impies. Socrate est aussi celui qui substitue aux causes physiques des présocratiques des causes finales expliquant les phénomènes naturels et moraux.
Il est l’auteur d’une métaphysique spiritualiste (cf. Phédon). Socrate loue en effet l’idée d’Anaxagore selon lequel il existe une cause ordonnatrice et rejette toute notion de cause mécanique. Néanmoins, Socrate ne rejette pas pour autant l’idée de science. Quand il fait objection aux physiologues, c’est pour demander si ceux-ci estiment connaître assez les choses humaines pour se sentir le droit de spéculer sur ce qui est de l’ordre du divin. Il est donc certain que Socrate retient l’idée de science, mais qu’il en change l’objet en l’appliquant aux hommes : il conserve la forme de la recherche physique, mais il en rejette le fond.
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