| Denis Diderot |
Denis Diderot, né le 5 octobre 1713 à Langres et mort le 31 juillet 1784 à Paris, est un écrivain, philosophe et encyclopédiste français.
Repères biographiques
Vingt années de la vie de Diderot et son engagement dans l'œuvre des Lumières sont indissociables du travail accompli autour de l'Encyclopédie. Pour tous les détails concernant la genèse, le contenu et les péripéties éditoriales de cette œuvre, nous renvoyons à l'article qui lui est consacré.
5 octobre 1713 : naissance à Langres dans une famille d'artisan coutelier bien nantie qui le destine à la prêtrise.
1730 : études de philosophie à Paris. Ses premières années à Paris ne sont pas bien connues. Il mène une vie de bohème et vit de traductions, de petits emplois et de ruses familiales.
1741 : rencontre avec Jean-Jacques Rousseau.
1743 : mariage clandestin avec Anne-Toinette Champion, lingère.
1745 : rencontre Condillac.
1746 : parution des Pensées philosophiques, immédiatement condamnées.
1747 : débuts de l'Encyclopédie, avec Jean d'Alembert.
1749 : Les positions matérialistes de la Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient entraînent son arrestation et incarcération au château de Vincennes pendant quatre mois.
Après cette expérience physiquement et psychologiquement éprouvante, Diderot distinguera les œuvres respectant, au moins superficiellement, les dogmes de son temps, destinées à paraître de son vivant, des œuvres destinées uniquement à la postérité. Cette stratégie, courante dans le parti philosophique, est appelée la doctrine intérieure par Rousseau dans ses Confessions. Rencontre de Frédéric Melchior Grimm.
1750 : Diderot est nommé à l'Académie royale des sciences et des belles lettres de Berlin. Parution du Prospectus de l'Encyclopédie.
1753 : naissance de sa fille Marie-Angélique, seul enfant qui lui survivra.
1754-1755 : Suit les cours de chimie de Rouelle.
1755 : Diderot rencontre Sophie Volland, amante pour la vie.
1759 : premier séjour au Grandval, sur l'invitation de d'Holbach (commune de Sucy-en-Brie).
1760 : Diderot, sous le nom de Dortidius, est ridiculisé dans la pièce de Charles Palissot de MontenoyLes Philosophes.
1762 : Catherine II achète sa bibliothèque en viager, prétexte pour soutenir son travail philosophique.
1765 (juillet) : Diderot termine la rédaction de l'Encyclopédie avec une certaine amertume due au manque de reconnaissance, aux errements de l'édition et au comportement des éditeurs — Le Breton en particulier.
À partir de 1769, Grimm confie plus largement la direction de la Correspondance littéraire à Diderot et madame d'Epinay.
Août à mi-septembre 1770 : voyage à Langres pour organiser le mariage de sa fille avec Abel-François Caroillon de Vandeul.
9 sept. 1772 : mariage de sa fille.
11 juin 1773 : Diderot part pour Saint-Pétersbourg. Voyage physiquement éprouvant avec deux longues haltes en Hollande. Rencontre et discussions avec Catherine II. Les conditions de ce voyage auront certainement écourté sa vie de quelques années.
31 juillet 1784 : mort à Paris. Il est autopsié à sa demande. Il est inhumé à l'église Saint-Roch, dans la chapelle de la Vierge, le 1er août. Les tombes de l'église ayant été profanées à la Révolution, sa sépulture a aujourd'hui disparu.
Diderot fut lié avec Melchior Grimm, Jacques-André Naigeon, Jean-Jacques Rousseau, Galiani, Condillac, Damilaville, d'Holbach, Étienne Maurice Falconet, Guillaume Le Monnier, Charles Van Loo, Galitzine, Jean d'Alembert.
Son œuvre
Diderot fut un des grands animateurs intellectuels du XVIIIe siècle. Plutôt que philosophe, Diderot est avant tout un penseur. Il ne poursuit ni la création d'un système philosophique complet, ni la cohérence : il remet en question, soulève les paradoxes, laisse évoluer ses idées mais tranche peu. Sa culture étendue et sa maîtrise des langues sont à la source de cette ouverture d'esprit.
Ceci a permis de le critiquer sur l'absence de fil conducteur dans son œuvre, de lui reprocher une certaine versatilité. Quoi qu'il en soit, il a clairement cherché à valoriser le débat, la réflexion par l'utilisation du dialogue (Le Neveu de Rameau, Entretiens entre Diderot et D'Alembert, Supplément au Voyage de Bougainville…) avec cette particularité qu'aucun des personnages n'est censé représenter la pensée de l'auteur à lui seul : c'est sa réflexion intégrale qui est illustrée. Curieux, cultivé, travailleur infatigable, touche-à-tout.
Écrivain
Comme écrivain, il brille par le mouvement, la chaleur, l'abondance, la hardiesse ; mais il ne sait pas selon le dictionnaire Bouillet « tempérer son imagination et tombe souvent dans la déclamation ».
On a dit de lui : « Il a écrit de belles pages, il n'a jamais su faire un livre. »
Il invente un nouveau genre théâtral : le drame bourgeois, dont la paternité a été revendiquée également par Beaumarchais. C'est un genre où prédominent avec un grand réalisme les préoccupations dominantes de la bourgeoisie: le travail et la famille.
Philosophe
La philosophie de Diderot peut être ramenée à deux termes : matérialisme et athéisme. Il analysa de façon originale le rapport entre science et métaphysique, dans sa Lettre sur les aveugles, par exemple.
Pensées philosophiques
essai (1746)
De la suffisance de la religion naturelle (1746)
La Promenade du sceptique (1747)
Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient (1749)
Lettre sur les sourds et muets (1751)
Pensées sur l'interprétation de la nature, essai (1753)
Addition aux Pensées philosophiques (1762)
Le Rêve de d'Alembert, essai (1769).
Principes philosophiques sur la matière et le mouvement
essai (1770)
Regrets sur ma vieille robe de chambre (réd. 1768, Corr. litt. 1769, éd. 1772)
Entretien d'un philosophe avec la maréchale de dialogue philosophique (réd. 1773-1774, Corr. 1775, éd. 1777)
Lettre sur l’examen de l’Essai sur les préjugés (1774)
Réfutation d'Helvétius (1774)
Lettre apologétique de l'abbé Raynal à Monsieur Grimm (1781)
Additions à la Lettre sur les aveugles. (1782)
Moraliste
La morale est une préoccupation récurrente de Diderot.
Le thème apparaît dans ses critiques artistiques (voir ci-dessous) et dans quelques textes (contes et dialogues), rédigés en 1771-1772, autour du thème de la morale, inspirés par un retour dans sa région natale, imprégnée de la droiture morale de son père décédé.
Les deux amis de Bourbonne (Corr. 15-12-1770, éd. 1772)
Ceci n’est pas un conte (réd. été 1772, Corr. avril 1773)
Entretien d'un père avec ses enfants ou Du danger de se mettre au-dessus des lois (Corr. 1771, éd. 1772)
Supplément au voyage de Bougainville (réd. achevée en octobre 1772, Corr. 1773-1774)
Madame de La Carlière (réd. été 1772)
Est-il bon ? Est-il méchant ?
Encyclopédiste
À partir de 1747, à 34 ans, Diderot dirige et rédige, avec D'Alembert, l'Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Il s'investira dans la rédaction, la collation, la recherche, la réalisation des planches de 1750-1765.
Il a personnellement rédigé le prospectus (paru en 1750) et plus d'un millier d'articles, parmi lesquels : autorité politique, capuchon, encyclopédie, art, christianisme, citoyen, éclectisme, philosophie, recherches philosophiques sur l’origine et la nature du beau,...
Critique
Diderot a mené une importante activité de critique publiée surtout dans la Correspondance littéraire, philosophique et critique. Diderot est convaincu du rôle moral de l'art, du théâtre et de la peinture en particulier.
Peinture : les Salons
En 1759, à la demande de Grimm, Diderot rend compte pour la Correspondance littéraire des œuvres exposées au Salon de peinture de l'Académie royale de peinture et de sculpture. Pris au jeu et convaincu de la fonction morale de l'art et du développement du goût, il rédigera en tout neuf Salons de 1759 à 1781.
Le développement de ses connaissances techniques enrichiront progressivement la teneur de ces comptes rendus.
Ces Salons restèrent confidentiels de son vivant car le ton très libre de sa critique ne permettait pas qu'ils fussent publiés. Aujourd'hui cependant l'importance de ces écrits est largement reconnue et Diderot est considéré comme pionnier de la critique d'art.
Les Essais sur la peinture sont en fait une annexe du Salon de 1765 (Corr. 1766).
Littérature
Diderot a rédigé de nombreux comptes rendus de lectures pour la Correspondance littéraire, philosophique et critique. Mais il a également rédigé plusieurs ouvrages ou « postface » à portée critique qui traitent de ses conceptions du théâtre ou d'auteurs en particulier.
Politique
Diderot s'est peu impliqué concrètement dans les débats politiques de son temps. Toutefois quelques œuvres rendent compte de sa philosophie politique. On peut les partager en deux groupes. D'une part les œuvres de commande et les contributions à l'œuvre d'autrui et d'autre part les textes strictement personnels qu'il rédige plutôt à la fin de sa vie, à partir de 1770. Il se fera un devoir de partager ses idées avec Catherine II lors de son voyage à Saint-Pétersbourg.
Deux idées principales sont certainement le rejet du despotisme et le rôle de l'enseignement (non religieux) dans le bonheur et le développement de la société.
On trouvera aussi, dans le Voyage en Hollande des réflexions sur l'oganisation politique des Provinces-Unies, forcément comparée au système français.
On découvrira Diderot, homme, écrivain et penseur à travers les 187 lettres conservées de sa correspondance avec son amante, Sophie Volland.
On lui attribua à tort, le Code de la nature de Morelly et Mémoire pour Abraham Chaumeix d'André Morellet.
Postérité et réception critique
Diderot, travailleur infatigable, n'espérait que la reconnaissance de la postérité. À ce sujet, on lira en particulier sa correspondance avec Falconet.
L'image de Diderot a évolué avec le temps.
En effet, la date de publication de ses œuvres est parfois fort éloignée de la date de rédaction. Une part importante de son œuvre, dont des textes majeurs comme Jacques le Fataliste et Le Neveu de Rameau, n'a été publiée qu'après son décès ; certains textes n'étant même apparus qu'au XXe siècle. Il faut aussi distinguer la parution dans la Correspondance littéraire de Grimm des publication en volumes : le public atteint n'est pas le même.
C'est pour cette raison que, pour autant que faire se peut, on distingue pour chaque œuvre la date de rédaction, de parution dans la Correspondance littéraire et l'édition en volume.
Il y a deux raisons principales à ces délais. D'une part, la censure du XVIIIe et ses sanctions résignaient les auteurs trop audacieux à la prudence. Diderot, fortement impressionné par son emprisonnement à Vincenne, n'y était que plus soumis.
D'autre part, en 1762, Catherine II de Russie achète à Diderot sa bibliothèque personnelle en viager. Diderot en garda donc l'usage et une rente de son vivant, mais, à sa mort, ses manuscrits et ses volumes furent transférés à Saint-Pétersbourg.
Ce n'est que le travail patient des savants et des passionnés qui a permis de découvrir, progressivement, l'œuvre et la pensée de Diderot. Ainsi, on remarquera que Diderot prépare en 1782 une édition complète de ses œuvres avec son ami Naigeon.
Cette édition ne paraîtra qu'en 1798 et ne comptera que 15 volumes. Or les éditions de Brières (1821) et Assézat (1875) dépassent la vingtaine de volumes.
Ses contemporains le connaissaient essentiellement comme l'animateur de l'Encyclopédie, le promoteur d'un nouveau genre théâtral (le « drame bourgeois » ou « comédie larmoyante », précurseur du théâtre dramatique) et l'auteur d'un roman libertin (Les Bijoux indiscrets) et de quelques textes philosophiques.
En 1796 parait l'Abdication d'un roi de la fève ou Les éleuthéromanes. Le public tient des passages de ce texte pour responsables de certains excès de la Révolution française et se déchaîne contre Diderot. Ce texte ternira donc la réputation de Diderot à travers tout le
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