Peuples et empires: L'empire Byzantin.

L'empire Byzantin


Chronologie

La vision du grand public occidental concernant cet empire dit byzantin est la plupart du temps floue et caricaturale : fastes et décadence, palais et eunuques, intolérances religieuses et mystères vénéneux peuplent la littérature et la filmographie modernes.
La réalité historique est assez différente…

Dénomination
La Romania (en grec Ρωμανία), nom officiel de l'Empire romain d'orient, nous a laissé en héritage la Romagne (en Italie), les Roumis (« chrétiens » en turc, du nom de Ρωμαίοι ou Ρωμιοί, soit « Romains », que se donnaient les citoyens de l'Empire romain d'Orient), la Roumanie, la Roumélie dans les Balkans (du turc Roum-ili, « pays des Roumis ») et le Sultanat de Roum en Anatolie (sultanat établi dans le « pays des Roumis » là encore).
Tardif et occidental, le terme byzantin vient de Byzance, ancien nom de la capitale Constantinople.
Il a été créé par Hieronymus Wolf en 1557 pour distinguer l'histoire de la Ρωμανία ou Romania du Moyen Âge de celle de la Rome antique, la première étant quelque peu dévalorisée comme idolâtre et la seconde magnifiée comme berceau des vertus antiques. Wolf inaugure ainsi une longue série d'exégèses humanistes occidentales qui, pour combattre le dogmatisme catholique sans encourir les foudres de Rome, font de l'Antiquité un eldorado philosophique et de Byzance un contre-exemple de césaro-papisme intolérant, en éclairant volontairement les aspects les plus intégristes et violents de l'histoire byzantine et en occultant ses aspects humanistes.
Dans la réalité, telle qu'elle ressort des sources primaires byzantines, les choses sont un peu différentes. Qu'ils fussent hellénophones (Grecs), latinophones (Valaques) ou arménophones (Arméniens), les citoyens de l'Empire romain d'orient, que nous appelons Byzantins, se considéraient, eux, comme des Romains (en grec Ρωμαίοι).
Les Grecs au Moyen Âge ne se définissaient pas comme Hellènes (Έλληνες en grec, mot qui ne désignait alors que les Grecs antiques et polythéistes) et encore moins comme « byzantins » (Βυζαντινοί en grec moderne).
C'est après la disparition de l’État byzantin au XVe siècle que les Grecs, toujours qualifiés de Roumis par les Turcs, vont se désigner à nouveau comme Hellènes, tandis que Roumains et Aroumains seront désignés comme « Valaques ».
La culture des Byzantins était autant grecque et romaine que chrétienne, et le grec était la langue de communication.
Les Perses, les Arabes et les Turcs appelèrent les Byzantins Roumis, mais les Occidentaux les appelèrent Grecs ou Grégeois, et leur Empire, l'Empire des Grecs ou la Grèce (dans les textes en latin : Imperium Graecorum ou Græcia).

Origines
En 395, à la mort de Théodose Ier, l'Empire romain est partagé en deux parties : l'Empire romain d'Occident, qui disparaît en 476, et l'Empire romain d'Orient, appelé au XVIe siècle Empire byzantin (en grecΒασιλεία Ρωμαίων / Basileía Rômaíôn, « Empire romain ») qui dure jusqu'en 1453 et même jusqu'en 1461 à Trébizonde et Mistra.
Au cours des mille ans séparant l'an 395 de l'an 1453, un certain nombre de valeurs et de savoirs furent conservés par ces Romains d'Orient :
état de droit écrit gouverné par le Code justinien, empereur responsable devant le Sénat, absence de servage, collectivités agricoles libres, techniques agricoles élaborées (irrigation), architecture romane, aqueducs, eau courante, tout-à-l'égout et éclairage dans les villes, usage de bains (que nous appelons « bains turcs »), sémaphores et phares, transmission des savoirs antiques, de la philosophie grecque classique et de la médecine hippocratique dans les universités de Constantinople, de Trébizonde et de Mistra…
Ces savoirs ont aussi été transmis aux Turcs et aux Arabes, qui, à leur tour, les communiqueront à l'Occident. Mais celui-ci, aujourd'hui, ne se souvient que de l'intermédiaire arabe, et rares sont les historiens qui citent les Byzantins parmi les transmetteurs de la culture antique.
La disparition de la partie occidentale de l'Empire romain et le retrait de ses légions, ainsi que les menaces permanentes sur leurs frontières amenèrent les Byzantins à se doter d'une armée puissante, dont la tactique a évolué et commencé à s'élaborer de manière autonome dès le VIe siècle.
Comme l’Empire romain, l'Empire byzantin fut un État chrétien qui, après 1054 (« grand schisme d'Occident » pour les Grecs, « grand schisme d'Orient » pour le Vatican) resta fidèle (orthodoxe) aux dogmes du christianisme du premier millénaire (voir plus bas Théologie).

Histoire
En 293, l'empereur Dioclétien instaura, avec la tétrarchie, une division administrative de l'Empire romain. Cette division prit une dimension nouvelle avec Constantin Ier. En dotant l'empire d'une deuxième capitale en Orient à partir de 330, Constantin posait les bases qui allaient permettre à l'Empire romain de survivre aux invasions barbares.
Ainsi, à la fin de l'Empire romain d'Occident en 476, Constantinople, qui héritait de toute la moitié orientale de l'empire, devint le dernier centre politique et culturel où se perpétuaient les traditions romaines.
L'Empire byzantin n'est en fait que la moitié orientale de l'Empire romain, qui poursuit son histoire. Il serait plus approprié d'utiliser l'expression Empire romain d'Orient pour le désigner : les empereurs se considéraient en effet toujours comme empereurs romains, et les chefs barbares qui devinrent maîtres des contrées occidentales recherchèrent et obtinrent souvent une investiture formelle de cet empereur pour asseoir leur autorité et leur prestige personnels.
Sous le règne de Justinien Ier, l'armée commandée par le général Bélisaire rétablit partiellement l'empire dans ses frontières occidentales, notamment en Italie en 536, ainsi que sur le pourtour méditerranéen.
Mais cette restauration fut éphémère, et surtout ruineuse. À la fin du règne de Justinien, l'empire fut harcelé sur toutes ses frontières. Seul l'esprit militaire de Maurice permit de sauver ce qui put l'être des conquêtes de Justinien. Il constitua pour cela les exarchats de Carthage en Afrique du Nord et de Ravenne en Italie.
C'est aussi au milieu du Ve siècle que la chrétienté se divisa entre les partisans du monophysisme (Arméniens, Syriens, Palestiniens, Égyptiens et Éthiopiens) et les orthodoxes du IIe concile de Nicée, qui continuaient à croire que le Christ fut à la fois Dieu et Homme. Il y eut à l'époque beaucoup d'autres controverses, car l'Église n'était pas monolithique et les traditions de pluralisme religieux de l'Antiquité n'avaient pas disparu dans l'Empire.
À partir de 603, les Perses lancèrent une grande offensive en Orient. Ils s'emparèrent de l'Égypte, de la Palestine et de la Syrie. Pendant ce temps, les Slaves s'installaient dans les Balkans, et un nouveau courant controversé, le monothélisme, était professé à Constantinople.
Mais ce nouveau débat n'allait pas séparer l'Orient et l'Occident : un pape de Rome, Honorius Ier l'adopta, un autre Martin Ier resta orthodoxe, et tous deux restent vénérés comme saints en Orient comme en Occident.

Période médiévale
Le règne d'Héraclius est celui de la transition. Jusqu'à présent l'empire byzantin était une continuation de l'Empire romain. Avec Héraclius, l'État byzantin entre dans l'ère médiévale.
Le latin, qui était encore la langue officielle, bien que parlée uniquement par l'élite et les Valaques, est définitivement abandonné au profit du grec.
Les titres romains : imperator, césar, auguste, qui étaient les attributs de l'empereur byzantin, sont également abandonnés. Dorénavant, les empereurs se font appeler par l'ancien titre royal hellénistique basileus.
Les Perses sont à peine vaincus que l'Empire doit faire face à de nouveaux ennemis, plus déterminés encore.
Du vivant même d'Héraclius, les Arabes ou "Sarrasins" conquièrent toutes les provinces orientales qui avaient été reprises aux Perses.
La crise la plus importante au VIIIe siècle fut la controverse des iconoclastes, quand les icônes furent interdites par Léon III. Cette crise fut temporairement résolue par l'impératrice Irène en 787 et définitivement par l'impératrice Théodora en 843. Cette controverse marqua le début de la détérioration des relations entre les papes de Rome et Byzance : les papes, en effet, sont restés orthodoxes et ont pris le parti des défenseurs des images.
Toutefois la véritable cause du Schisme de Rome est politique : elle commence avec le règne de Charlemagne.
C'est Charlemagne qui prit des libertés avec la doctrine chrétienne orthodoxe jusqu'alors professée dans son empire et à Rome comme partout ailleurs : en échange de sa protection contre les Lombards, il contraignit le pape à rejeter le concile œcuménique de Nicée II et à ajouter filioque au credo.
L'empereur des Francs put dès lors massacrer en toute légitimité Saxons païens et sarrasins infidèles (puisqu'avec le filioque seule une âme chrétienne peut et mérite d'être sauvée), mais le schisme entre Occident et Orient était en germe.

Toutefois en 1054, lorsque le pape et le patriarche de Constantinople s'excommunièrent mutuellement, l'événement n'apparut aux contemporains que comme une péripétie de plus.
Le Saint Empire romain germanique en Occident eut pourtant une impératrice grecque, Théophano qui fit rayonner les arts de Byzance en Occident : la séparation des deux Églises ne semblait pas encore inéluctable.
L'Empire atteignit son sommet sous les empereurs macédoniens aux IXe, Xe et XIe siècles. Pendant ces années, l'empereur Basile II le Bulgaroctone (le tueur de Bulgares) vainquit les Bulgares en 1014, et s'allia avec l'État kiévien, nouvelle puissance russe et orthodoxe du nord.
Au XIe siècle, l'Empire fut pris en tenaille entre deux mondes hostiles, l'un catholique, à l'ouest, incarné par les Normands qui conquirent la Sicile et l'Italie du Sud, l'autre musulman, à l'est, incarné par les Turcs Selçuks ou Seldjoukides qui conquirent l'Asie mineure, suite à la bataille de Manzikert.

L’Empire face aux menaces
En 1081, Alexis Ier usurpa le trône. Pendant son règne, les croisades commencèrent, prétendant aider l'Empire contre les Seldjoukides. L'opposition entre les croisés et les Byzantins dura tout le XIIe siècle et culmina avec la prise de Constantinople par les croisés et les Vénitiens en 1204 qui marqua une rupture douloureuse entre l'Église d'Orient et l'Église d'Occident, et inaugura en Occident neuf siècles de dénigrement ou d'occultation de la civilisation byzantine (non seulement dans les cercles catholiques pour lesquels les Grecs sont des « schismatiques », mais aussi chez Hieronymus Wolf, Voltaire, Thouvenel et beaucoup d'autres).
Plusieurs hiérarques byzantins se constituèrent des états indépendants sur les territoires qui avaient échappé aux occidentaux :
Despotat d'Épire, Empire de Trébizonde, Empire de Nicée cependant que les croisés établirent l'Empire latin de Constantinople qui dura jusqu'à la reconquête de la ville en 1261 par Michel VIII Paléologue parti de Nicée.

Au cours des deux siècles suivants, l'Empire, difficilement rétabli après avoir été systématiquement pillé par les Vénitiens et les Croisés, fut attaqué constamment par l'Empire ottoman. L'Europe catholique n'était pas disposée à aider les Byzantins, bien au contraire les Génois et les Vénitiens n'ont eu de cesse de profiter des difficultés de cet empire. Les Ottomans conquirent l'empire morceau par morceau jusqu'à s'emparer finalement de Constantinople en 1453. Trébizonde et Mistra tombent en 1461.
Avec la chute de Constantinople, l'Empire romain disparut définitivement, mais il eut de nombreux héritiers (voir plus bas "L'héritage de Byzance").

Le commerce
Constantinople, porte de l'Orient, fut longtemps la ville la plus peuplée d'Europe, dépassant un million d'habitants quand Rome, Paris et Londres n'en groupaient pas même 100.000 à elles trois.
C'était le carrefour commercial où passaient tous les produits d'autres pays, et était donc une ville très convoitée. Son luxe et sa propreté éblouissaient les Vikings (qui n'ont pu y entrer que comme mercenaires) et les occidentaux.
Flotte et armée en imposaient à tous les chefs étrangers en visite. La ville n'avait jamais été prise avant 1204 (et même là, c'est par traîtrise que les Croisés y entrèrent). C'est par la capitale de l'empire byzantin que passait la mythique route de la soie. Et bien avant sa découverte en occident, le commerce de la soie et des pourpres faisait de Constantinople une des trois villes les plus importantes d'Orient avec Bagdad et Alexandrie.
Avant 603, l'Empire avait même un comptoir dans l'océan Indien : c'était l'île de Dioscoride (aujourd'hui Socotra), et ses dromons (vaisseaux long-courriers) abordaient couramment les côtes occidentales de l'Inde et les côtes orientales de l'Afrique, ramenant or, pierres précieuses, ivoire et épices (mais pas esclaves, comme on l'a faussement affirmé : la traite orientale ne débute qu'au IXe siècle, bien après).
Plus encore que le commerce de la soie, c'est celui des épices qui vaut à Constantinople de devenir le centre de gravité économique du bassin méditerranéen.
Les visiteurs y découvraient des fruits inconnus tels les abricots, les pêches ou les oranges, et des oiseaux exotiques tels les paons ou les pintades (et non les dindes comme on le dit souvent par erreur : le dindon est américain, de même que le maïs et la tomate).
Mais cette prospérité excite les convoitises, et en 1204 les Vénitiens détournent la quatrième croisade sur Constantinople.
À la fin de l'occupation occidentale en 1261, l'empire byzantin qui n'a pas pu reconstituer sa grande flotte de jadis, est endetté auprès des républiques maritimes italiennes, et les concessions commerciales accordées aux Génois, aux Vénitiens et aux Pisans finissent par appauvrir la ville qui ne profite plus du commerce avec l'Asie.

Culture Byzantine
Théologie

Les Byzantins ont hérité des Grecs de l'Antiquité un goût prononcé pour les débats idéologiques. Leur sens du paradoxe comme seule dialectique pouvant rendre compte de l'infinie complexité du réel et de l'infini mystère de Dieu, leur permettait de réfléchir sur "l'économie de la Trinité".
Les controverses religieuses traverseront l'histoire et la société byzantines et elles passionneront également les foules.
L'iconoclasme ou le monothélisme ont beaucoup agité les esprits et ont eu un impact non négligeable dans la politique intérieure byzantine. Ces controverses auraient pu contribuer à resserrer les relations entre l'Orient et l'Occident dans la mesure où la papauté est restée longtemps fidèle à l'orthodoxie.
Théodore Stoudite fait appel à l'aide du pape lors du second iconoclasme.
On peut dire qu'historiquement, les Occidentaux ont été fidèles à l'orthodoxie avant de passer au catholicisme. Mais lorsque la papauté a cessé d'être un lien doctrinal et culturel entre l'Orient et l'Occident, lorsque les papes furent recrutés dans un Saint Empire Germanique coupé de Byzance, l'Europe s'est acheminée progressivement vers la séparation définitive des deux Églises en 1054.
Pourtant, après le Schisme de Rome de 1054, c'est bien la partie occidentale de l'Église, sous l'obédience de Rome, qui changea certains dogmes et le droit canon: le pape, refusant le concile œcuménique de Nicée II, ajouta le filioque au credo, se proclama chef unique de l'église universelle (catholique), imposa le célibat des prêtres, promulgua l'existence d'un Purgatoire et institua la vente d' Indulgences.
Le filioque aura des conséquences historiques énormes: il impliquait que le Saint-Esprit découlant aussi du Christ, et pas seulement du Père, seules les âmes catholiques pouvaient être sauvées. Cela légitimera la mise en place de l'Inquisition et une politique expansionniste de conversions forcées ou de massacres de mécréants, d' hérétiques ou de schismatiques. Cette politique débuta par la IVème croisade qui s'en prit non aux infidèles, mais à Constantinople, et culminera avec la colonisation de l'Amérique du Sud. Côté catholique, on se considère (en dépit de ces changements doctrinaux) comme les uniques héritiers de l'église primitive, et ce sont les orthodoxes qui sont considérés comme schismatiques; le Schisme de Rome est d'ailleurs appelé Grand Schisme d'Orient.

L'Église byzantine connut une autre controverse d'importance en 1338-1351. Un moine grec calabrais, Barlaam, reproche aux hésychastes du mont Athos de prétendre voir et sentir Dieu dans leur chair.
Grégoire Palamas défend les hésychastes en se référant à la Transfiguration du Christ et sa doctrine est reconnue comme celle qui est anciennement confessée par l'Église. Par cette dernière victoire doctrinale, Byzance déclinante a imprimé à toute l'Europe orientale un grand dynamisme monastique et des écoles hymnographiques et iconographiques de grande qualité. (Voir concile, orthodoxe).

La litterature byzantine
Les Byzantins se sont également fortement appuyés sur la littérature grecque dans leurs œuvres, rédigées pour la plupart dans la koinè, langue grecque commune de l'époque hellénistique, devenue depuis langue littéraire. Les genres littéraires les plus prisés sont l'histoire, la rhétorique ou encore les récits d'imagination.

Les langues de l'Empire byzantin
Au long de ses mille ans d'histoire, l'Empire romain d'orient a eu deux langues officielles: le latin (à peu près abandonné vers le VIIe siècle) et le grec médiéval (Μεσαιωνική Ελληνική), compris par presque tous.
Mais ses populations et ses différentes confessions s'exprimaient en bien d'autres langues encore.
En Italie, en Sicile, à Carthage et dans la partie byzantine de l'Espagne, on parlait des langues romanes, même si des lettrés comme Saint-Augustin et l'Église utilisaient le latin classique.
Sur les côtes de la péninsule des Balkans et de l'Anatolie, en Calabre, à l'est de la Sicile et dans toutes les îles de la Méditerranée orientale, le grec populaire (Μεσαιωνική δημοτική) a toujours dominé, avec de nombreuses variantes aujourd'hui disparues :
italique (Κατωιταλιώτικα) en Calabre et Sicile, helladique dans les Balkans et autour de l'Égée (ancêtre du grec moderne démotique), pontique autour de la mer Noire, mikrasiatique en Anatolie centrale et méridionale, notique en Cyrénaïque et en Égypte.

À l'intérieur des terres, dans les Balkans (qui ne s'appelaient pas encore ainsi : le mot balkan est turc et signifie « gluant »), on parlait des langues thraces et illyriennes qui évoluèrent ultérieurement soit en dialectes albanais (guègue, tosque), soit, par la romanisation, en dialectes valaques (istro-roumain, dalmate, aroumain, mégléno-roumain), mais à partir du VIe siècle s'y ajoutèrent des langues slaves (sorabe qui, plus tard, contribua à la naissance du serbo-croate, slavon) et les dialectes turcs des premiers Bulgares (qui adoptèrent ensuite le slavon) et des Gök-Oguz (aujourd'hui appelés Gagaouzes).
Dans les Balkans, l'Église utilisa d'abord le grec liturgique (Ακολουθική Ελληνική) comme à Constantinople, puis également le slavon liturgique, avec l'alphabet cyrillique créé pour les Slaves par Cyrille et Méthode.
Dans l'intérieur de l'Anatolie, outre de nombreux îlots grecs notamment dans les principales villes, on parlait plusieurs langues indo-européennes proches des langues iraniennes actuelles : phrygien (une langue thrace), isaurien et cappadocien (langues que les Kurdes actuels revendiquent comme relevant du proto-kurde).
En Anatolie orientale, de la Cilicie à la mer Noire (qui ne s'appelait pas encore ainsi : ce nom est turc, et cette mer s'appelait alors le Pont Euxin) dominaient l'arménien (autre langue indo-européenne) et le laze, langue du Caucase proche des dialectes géorgiens actuels. En Anatolie, l'église utilisa le grec liturgique et l'arménien, dont l'alphabet est inspiré à la fois du grec et de l'araméen.

À partir du XIe siècle, les turcs commencèrent à s'installer en Anatolie et à turciser et islamiser ses habitants.
En Syrie et en Palestine c'est l'araméen qui dominait, à côté du grec notique et de l'arabe; araméen, hébreu et arabe sont des langues sémites.
En Égypte, la langue usuelle était le copte, langue hamitique issue de l'ancien égyptien et proche du berbère parlé en Afrique du Nord. Les juifs de l'Empire, dits romiotes, s'exprimaient en yévanique, tandis que les synagogues continuaient à utiliser l'hébreu ancien. À partir du VIIIe siècle, les Arabes musulmans commencèrent à s'installer en Syrie, Palestine, en Égypte et en Afrique du Nord, et à arabiser et islamiser leurs habitants.
La plupart de ces langues ont eu une riche littérature et ont contribué à véhiculer les trésors intellectuels d'une société fondamentalement polyglotte et multiculturelle, dont le grec assurait la cohésion.
Autant que dans la Rome antique, les jeux du cirque passionnaient les Constantinopolitains. Mais depuis que les combats de gladiateurs avaient été abolis à cause du christianisme, seules des épreuves sportives et quelques formes de lutte (ceste, pancrace) étaient encore autorisées : ce sont donc les courses de chars qui devinrent le top des passions publiques. Au point que la rivalité entre les principales écuries, les Bleus et les Verts, prend une dimension politique : les aristocrates, les militaires, les marchands et artisans, les ouvriers, paysans, pêcheurs et marins soutenaient tel ou tel cocher, dont le victoire ou la défaite pouvait parfois se traduire en augmentation ou diminution de droits ou de taxes par l'Empereur, voire en émeutes et même en guerres civiles (sédition Nika).

Sciences et techniques
Autant que dans l'antiquité, les ingénieurs et naturalistes observaient le ciel, la mer et la nature, étudiaient, retranscrivaient et enseignaient les historiens, géographes et physiciens de l'Antiquité :
Archimède, Pythagore, Hippocrate, Eratosthène, Alcméon, Aristote, Hérodote, Strabon ou Ptolémée étaient connus, et un Atlas géographique trouvé à Istanbul en 1927 et actuellement exposé au musée Topkapi prouve que les Byzantins connaissaient très bien l'Asie et… la rotondité de la Terre.
Dans les villes, des aqueducs et des citernes amenaient et distribuaient l'eau courante dans d'innombrables fontaines et jusque dans les maisons des riches, tandis que les eaux usées étaient évacuées par des égouts.
L'usage du suif mélangé de sable, de saponaire, de menthe et de basilic était courant, notamment dans les thermes, qui n'ont jamais cessé de fonctionner jusqu'à nos jours (nous les appelons bains turcs à présent).
Un système de sémaphores à base de fumées colorées le jour, de feux colorés la nuit, servait à transmettre les nouvelles de cime en cime ou de tour en tour, et aidait à la navigation.
Il existait, sur route et en mer, des caravanes régulières de chariots ou de navires gardés dits laophores constituant une sorte de transport en commun des personnes et des marchandises.
Sur mer, les dromons de haute mer, les pamphylies et les ophidies plus côtières utilisaient des voiles latines ou carrées selon les vents, ainsi que des rameurs rémunérés au pourcentage (et non des esclaves ou des prisonniers comme on le croit souvent : il fallait qu'ils fussent fiables) : cela assurait à la flotte une nette supériorité navale, augmentée par l'usage d'un mélange de poix, de naphte et de résine inflammable même sur l'eau et nommée par les occidentaux feu grégeois.
L'Empire étant à l'extrémité occidentale de la route de la soie, un certains nombre d'inventions ont été apportées à l'Europe par Byzance : la soie (les premiers cocons furent apportés, cachés dans leurs bâtons de marche, par deux moines), la boussole d'origine chinoise (les capitaines grecs avaient de toute façon conservé l'usage antique des astrolabes et des octants pour la navigation, repris par les Génois et les Vénitiens), et le gouvernail d'étambot, d'origine asiatique également, que les Varègues apportèrent en mer du Nord.

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Dernière mise à jour de cette rubrique le 29/05/2008

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