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La musique et les musiciens classiques.
On désigne par le nom de musique classique l'ensemble de la musique occidentale savante (par opposition à musique populaire), depuis la Renaissance jusqu'à nos jours. Plus spécifiquement, l'expression désigne également la musique du courant classique, soit la musique écrite grosso modo entre la mort de Bach (1750) et l'avènement du romantisme, dans les années 1820 (on se référera à l'article musique de la période classique pour éviter toute confusion).
Musique classique, musique populaire
Généralités
La frontière qui délimite la musique dite classique de la musique dite populaire est parfois extrêmement ténue. Tout d'abord, il est intéressant de constater que la musique de la renaissance (dite classique) tire ses sources tant du chant grégorien que de la musique profane des troubadours et trouvères médiévaux.
Inversement, la musique de variété du XXe siècle se base en grande majorité sur le système tonal, introduit par la musique baroque à l'aube du XVIIe siècle. Les connexions entre les deux grandes familles de la musique européenne sont donc nombreuses, ce qui rend d'autant plus flou le terme de musique classique.
En outre, le terme musique classique (musique qui mérite d'être imitée) sous entend la notion de répertoire qui, avant le XIXe siècle est tout simplement anachronique.
Piano droit moderne.
Compositeurs et interprètes
Le virtuose, Henri Vieuxtemps (1820 - 1881) écrivait ses œuvres pour ses propres concerts. Elles sont encore jouées aujourd'hui.
C'est probablement la notion de répertoire qui différencie le plus sûrement la musique classique de la musique populaire, et ce, depuis le début de la renaissance. La tradition musicale savante différencie l'interprète du compositeur, qui écrit ses œuvres non seulement pour lui, mais éventuellement aussi (ou exclusivement parfois) pour d'autres musiciens. La musique populaire serait ainsi ancrée dans son époque, mais n'y survivrait pas, tandis que la musique classique est conçue pour résister à l'épreuve du temps à travers des générations d'interprètes.
La musique classique disposerait donc de ce que Nicholas Cook a appelé un "capital esthétique", c’est-à-dire un répertoire, de par la distinction entre interprète et compositeur, tandis que la musique populaire serait écrite pour et/ou par un musicien ou un groupe de musiciens pour lui même. Cette synthèse est malheureusement quelque peu simpliste, et ce pour plusieurs raisons.
Plusieurs altos et violons. On note l'importance des variations de teinte des vernis.
Toujours d'après Nicholas Cook, la conception de la musique dont notre époque a hérité date du XIXe siècle, et tient principalement au personnage de Ludwig Van Beethoven. La notion de répertoire, de « musée musical » dont Liszt réclamera la fondation 1835 en tant qu'institution, n'existait absolument pas avant l'ère romantique.
Ainsi, des compositeurs tels que Rameau, Bach ou Haydn, écrivaient leurs œuvres pour une occasion précise (la messe du dimanche ou le dîner du prince Eszterházy, par exemple), et tout donne à croire qu'aucun d'entre eux ne s'attendait à voir leurs ouvrages passer à la postérité. L'un des exemples fameux est la Passion selon Saint Mathieu, dont l'exécution en 1829 par Félix Mendelssohn était la première depuis la création de l'œuvre, cent-deux ans plus tôt !
De même, on sait avec assez de certitude qu'une fraction importante de leur œuvre nous est inconnue (seules 126 des 200 cantates que Bach écrivit à Leipzig nous sont connues).
On remarquera aussi que ces compositeurs réutilisaient souvent le matériel d'une œuvre pour l'écriture d'une autre selon le procédé de la parodie — ainsi l'intégralité du premier concerto brandebourgeois de Bach se retrouve-t-elle dans les cantates BWV 52 et BWV 207 et la Sinfonia BWV 1071 ; ses 8 concertos pour clavecin sont-ils des arrangements d'œuvres plus anciennes ; sa Messe en si mineur est-elle composée pour l'essentiel de pages puisées dans différents ouvrages antérieurs.
Vieux violon.
Ce que souligne en outre Nicholas Cook, c'est que le terme de musique classique a été créé pour désigner justement les œuvres de ce musée musical imaginaire, musée qui n'existait pas avant le XIXe siècle. La notion de musique classique aurait donc été formée a posteriori de la moitié de la musique qu'elle est sensée désigner et serait donc plus que sujette à caution.
L'avènement de ce musée musical fut contemporain de l'ouverture des musées d'arts plastiques ou de sciences naturelles.
Influences réciproques
L’influence populaire sur la musique classique
Musique baroque et classique
On ne saurait sous-estimer l'influence que la musique populaire a eu dans l'histoire de la musique sur la musique classique.
La musique baroque utilise et réinvente des danses populaires telles que la chaconne, la gigue, la gavotte, le menuet, éléments incorporés à la suite de danses, établissant des rapports étroits avec la musique populaire.
En France, les organistes adoptent les mélodies traditionnelles des chants de Noël pour en faire un genre très apprécié : le Noël varié.
C'est aussi la vogue des tambourins, rigaudons, musettes que l'on retrouve tant dans la musique instrumentale que dans la tragédie lyrique ou les pastorales, par exemple chez Rameau. La musique pour clavecin de Scarlatti incorpore toute une tradition musicale populaire ibérique, et Telemann, musicien fécond et éclectique, subit de même le charme des airs de la Pologne récemment réunie à la Saxe. Même Bach dans ses suites, n'ignore ni la bourrée, ni la polonaise. Plus tard au cours du XVIIIe siècle, des compositeurs classiques comme Joseph Haydn tirent parti de la musique et de thèmes campagnards.
XIXe siècle
Lorsque s'éveille au XIXe siècle le nationalisme, le panorama musical européen s'en trouve bouleversé. La musique devient un moyen d'exprimer une identité nationale, opprimée ou triomphante. On ne saurait relativiser l'importance qu'ont pu avoir des compositeurs comme Grieg ou Dvorak, qui, utilisant les thèmes folkloriques des campagnes tchèques ou norvégiennes, ont grandement contribué à forger une conscience nationale dans leurs patries respectives. Les Danses hongroises de Brahms, les polonaises de Chopin sont parmi les exemples les plus célèbres, mais toute la musique de compositeurs comme Janáček, Liszt, Wieniawski ou Sergueï Rachmaninov est profondément marquées par leur folklore national, contribuant à créer un style propre et aisément reconnaissable à chaque nation, à chaque peuple.
XXe siècle
Bien entendu, il ne s'agit alors que de s'inspirer de thèmes et mélodies folkloriques et de les utiliser dans un contexte éminemment romantique. Plus tard, Béla Bartok poussera l'expérience beaucoup plus loin, bâtissant un langage original sur la musique des villages hongrois et roumains.
En outre, l'apport de musiques telles que le jazz ou le blues a énormément marqué des compositeurs comme Maurice Ravel ou George Gershwin, pour ne citer que les plus célèbres d'entre eux. De près ou de loin, presque toute la musique savante du XXe est influencé par les différents styles populaires.
L’influence classique sur la musique populaire
Pour autant, l'apport de la musique classique à la musique populaire n'en est pas moins important. Le langage tonal, qu'utilisent l'immense majorité des musiciens de variété a été élaboré au début de la période baroque. En outre, les différentes musiques populaires sont généralement liées de près ou de loin à un pan du répertoire classique, même si ces influences sont très rarement revendiquées.
Pourtant, l'utilisation d'un système tonal on ne peut plus conventionnel par des groupes pop tels que Oasis, avec des enchainements d'accords et des marches harmoniques dignes de la plus pure tradition classique, ou les influences de compositeurs baroques (Vivaldi et Bach, en l'occurrence) sur des guitaristes de hard rock tels que Eddie Van Halen ou Randy Rhoads sont des évidences pour une oreille avertie.
La musique classique au travers des âges
La notion de musique classique étant, comme on l'a vu extrêmement vague, il est difficile de définir quand le genre apparait. Cette section se veut donc un survol des grandes périodes de la musique savante européenne débutant arbitrairement à la renaissance.
Musique de la Renaissance (XVIe siècle)
Musique baroque (1600 - 1750)
On situe la période baroque en musique entre l'apparition de l'opéra, en 1600, et la mort de Jean-Sébastien Bach, en 1750. Comme il a été mentionné plus haut, cette définition temporelle est sujette à caution et discutée par les musicologues.
La naissance de l’opéra
Innovation majeure du XVIIe siècle, l'opéra naît à Florence autour des années 1600 grâce aux humanistes de la Camerata Bardi. Souhaitant ressusciter la tragédie antique, ces hellénistes, savants, musiciens ou hommes de lettres, imaginent le dramma per musica, une forme dans laquelle l'intégralité du texte dramatique est chantée.
L'Orfeo (1607) de Claudio Monteverdi (1567-1643) est considéré comme étant le premier opéra, un genre qui va s'exporter d'abord à l'ensemble de l'Italie puis à la France avec la tragédie en musique et bientôt à toute l'Europe. Fondé sur l'intelligibilité du texte et sa prédominance sur la musique, inspiré des théories pythagoriciennes, l'opéra marque, en théorie du moins, une rupture totale avec la musique des siècles précédents. L'opéra modifie radicalement le langage musical, en remplaçant la polyphonie dominante par une monodie dépouillée, et contribuant ainsi directement à la naissance de la basse continue.
Le langage baroque : tonalité et basse continue
L'une des principales innovations de la musique baroque par rapport à la musique de la renaissance concerne l'apparition de la basse continue, qui reste la « marque de fabrique » de la musique baroque, à tel point qu'on parle aussi "d'ère de la basse continue". La basse continue est une ligne de basse « chiffrée », fournissant un soutien harmonique à la pièce jouée.
Établissant une polarité entre les voix du dessus et de basse, la basse continue démarque la musique baroque de la musique polyphonique de la renaissance, où toutes les voix sont théoriquement de la même importance. En outre, à la musique modale de la renaissance succède une musique tonale, fondée sur l'opposition des degrés harmoniques tonique et dominante. Le langage tonal sera traité différemment selon les époques, mais ne sera pas remis en question avant la fin du XIXe siècle.
La musique instrumentale baroque
La période baroque voit également se détacher la musique instrumentale du chant, d'une part, mais aussi de la danse. Ce que les anglo-saxons appellent absolute music, la musique purement instrumentale est d'abord composée de danses qui ne sont plus forcément destinées à être dansées, notamment sous forme de suites (ou partitas). Une abondante littérature pour clavier (orgue surtout mais aussi clavecin) se développe en Italie, qui voit aussi naître la sonate, le concerto et le concerto grosso.
En France en revanche, l'expression des passions individuelles encourage le développement de sonorités plus intimistes, et c'est par conséquent le luth, la viole de gambe et le clavecin qui dominent le XVIIe siècle, chez des compositeurs comme Sainte-Colombe, Marin Marais ou Louis Couperin.
- Musique classique (1750 - 1820)
- Musique romantique (1820 - 1900)
- Musique moderne (1900 - 1970)
- Musique contemporaine (1950)
Références
- En réalité, cette définition est abusive, si l'on en croit des musicologues tels que Jean François Paillard, qui situe la musique française classique entre 1600 et la mort de Rameau.
La définition admise se baserait plus sur la musique germanique que sur la musique française. cf PAILLARD, Jean François, La Musique française classique, Presse universitaire de France, 1969
- La définition de l'adjectif "classique" donnée par le Robert est la suivante: "Qui mérite d'être imitée. Qui fait autorité, est considéré comme modèle". L'article classique de Dictionnaire Historique de la langue française Robert (dir. Alain Rey) précise lui que "c'est la notion de respect de la tradition donnée qui sous-tend les usages postérieurs du mot." La musique classique est donc la musique digne d'être étudiée et reproduite : la « grande musique ». Le terme classique est donc, comme on va le voir plus loin, tout simplement abusif, dans la mesure où l'idée qu'un compositeur peut et doit passer à la postérité ne date que du XIXe siècle.
- COOK Nicholas, Musique, une très brève introduction, p.25, ed. Allia, Paris 2005 (trad. Nathalie Getnili)
- Ce serait la différence entre musiciens pop et musiciens rock, formulée par Nicholas Cook comme suit: "Les musiciens rocks se produisent en concert, créent leur propre musique et forgent leur identité (…) Les musiciens pop au contraire sont les marionnettes de l'industrie musicale (…) interprétant une musique composée et arrangée par d'autres." Cook souligne la grossièreté d'une telle assertion. COOK Nicholas, op. cit. p.20
- Les "reprises" de chansons de variété dont certains artistes comme Johnny Halliday se sont fait une spécialité oblige néanmoins à nuancer le propos. De fait, on est parfois bien obligé de parler d'un "répertoire" pop-rock.
- Le culte de Beethoven (…) est un (ou peut être le) pilier central de la culture musicale classique. Il n'est pas étonnant que la plupart des idées les plus inhérentes à notre conception de la musique aient leurs racines dans celles qui foisonnèrent lorsque fut reçue la musique de Beethoven. COOK, Nicholas, op. cit. p.32
- Depuis l'époque de Beethoven, il est devenu normal de s'attendre à ce que la grande musique continue d'être interprétée bien après la mort du compositeur; c'est tout le sens ou presque du mot "grande". Mais avant cette époque, c'était au contraire l'exception. (…) Et alors naissait le musée musical, (…) le terme « musique classique » devint monnaie courante. COOK, Nicholas, op. cit. p.38
- (…) il n'est guère surprenant que les commentaires critiques de la musique populaire - je pense plus particulièrement au hard rock - portent massivement leur attention sur ses qualités viscérales et contre-culturelles, et passent outre ce qu'elle emprunte à la tradition artistique classique. COOK, Nicholas, op. cit. p.17
- De fait, Jacoppo Peri avait composé dès 1594 un Dafne aujourd'hui perdu, qui peut être à juste titre considéré comme le premier véritable opéra.
- Piejus Anne, Histoire de la Musique, XVIIe siècle Edition du CNED, institut de Vanves, Paris
- Cette dénomination a le mérite d'être indiscutable, contrairement à l'appellation « musique baroque » qui, comme on l'a vu n'a pas été forcément simultanée dans tous les pays.
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