Journal de bord (2008) - site de Jean-Francois Jacq

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hiver 2007/2008 

Reproduction partielle de mon journal sur simple demande... 



Samedi 22 mars - Il est des écrivains dont l'écriture vous submerge. J'ai été marqué par celle de Reinaldo Arenas, que je considère comme l'un des plus importants écrivains cubains. Achevant la lecture du livre Les mauvais garçons de Guillermo Rosales, j'en profite pour établir le lien entre ces deux hommes ainsi que Carlos Victoria, trio dont la détresse était forcément l'un des fils conducteurs de leur amitié. De Rosales, retenons qu'il achève son premier livre (Les mauvais garçons) en 1968. Celui-ci ne sera pas publié dans son pays d'origine. Ce récit est le cri d'un enfant poussé par le désir de dépasser l'interdit pour, au final, éprouver un sentiment de liberté à travers la découverte de la jouissance. 1980 : exode de Mariel. Arenas, Rosales et Victoria font partis des cent trente mille rebuts de la société expulsés par Castro, quittant le port de Mariel sous les huées et les crachats. Arenas est un rebut à double titre. D'abord censuré en tant qu'écrivain, et considéré comme un déviant de par son homosexualité. Arenas, tout comme ses deux amis, s'installe à Miami, la nauséabonde. Ce regard que l'on jette sur ces écrivains exilés, bêtes curieuses auxquelles on demande de pondre de l'écrit dès leur arrivée, et dont on se lasse très vite. Pour Arenas, les Etats-Unis deviennent, selon ses propres mots, une seconde prison. De son côté, Rosales publie en 1987 Mon ange, un brulot traitant de l'internement, de son internement à venir aux Etats-Unis. Très mal accueilli par ses amis exilés et par son pays d'adoption. Rosales, indigent, dépressif, sera interné à trois reprises par ses propres cousins (nom que l'on nomme les exilés de Cuba). 1990 : Arenas, amoindri par le sida et sentant qu'il ne peut plus écrire, se suicide à quarante-sept ans. Dans son journal Avant la nuit paru la même année, il rend hommage à son ami Rosales. 1993 : Rosales, quarante-six ans, venant à peine de retrouver un semblant de dignité, met fin à ses jours. 1994 : parution de son livre Les mauvais garçons. Reste Carlos Victoria qui devient l'exécuteur testamentaire de Rosales. Contrairement a ses deux amis, Carlos a commencé à écrire en 1980, lors de son arrivée à Miami. D'abord une nouvelle, L'étoile filante, réunissant sur un banc Rosales, Arenas et lui-même. Carlos souhaite publier les inédits de Rosales (du moins le peu qu'il lui reste, ce dernier ayant brûlé la plupart de ses manuscrits). 2007 : parution en France - dix ans après sa sortie aux Etats-Unis - du livre de Carlos Victoria Un pont dans la nuit. Malade, fauché, dépressif, il tente malgré tout de travailler à un nouveau roman. Atteint d'un cancer, il est jeté de l'hôpital, faute d'assurance pour couvrir les frais de son hospitalisation, seulement deux jours après une lourde opération. Le 12 octobre 2007, sentant que les crises se rapprochent, fameuses crises durant lesquels il ne peut plus écrire, il se suicide - à l'âge de cinquante-sept ans - en absorbant une forte dose de médicaments...

Dimanche 23 mars - L'écriture est un combat. Je le concède. Il faut y mettre bien plus que des mots. Il faut y mettre bien plus que ses sentiments. Il faut absolument que cela dépasse l'entendement. Il faut s'insurger tout autant contre le monde que contre soi. L'écriture devient parfois comparable à une tempête. J'en suis parfois sorti épuisé ; au bord de l'évanouissement. Il faut sans cesse ruminer, se sentir épris de partage, d'une envie folle et d'un besoin inexorable de transmettre.

Mardi 25 mars - Il est des jours où je n'ai pas le temps d'écrire. L'envie est là, présente, pressante, mais depuis le mois de février je suis un peu plus accaparé par mes obligations professionnelles, occupant pour la première fois de ma vie deux emplois afin de subvenir à mes besoins quotidiens. Tout cela est extrêmement frustrant. Alors reporter au lendemain les mots me remuant, me titillant de l'intérieur...

mercredi 26 mars - Mon travail au café est relativement exténuant. Je me suis fait traiter de chochotte par un client plutôt éméché jugeant mon langage trop précieux. Ensuite ce fut le tour d'une femme très marquée par l'alcool, les yeux rivés sur moi, demandant ouvertement et avec insistance à son voisin de beuverie si elle peut me draguer. Alors je dégaine mon arme secrète : je suis veuf. Ce qui a pour avantage de refroidir l'ambiance. Et avec ça, qu'est-ce que je vous sers ? Puis je remets en place l'autre client. Pas content. Au suivant ! J'ai vraiment l'impression d'avoir affaire à de grands enfants...

Jeudi 27 mars - ... J'ai soulevé le voile et il n'y avait rien. Il n'y avait absolument rien à ajouter. Le voile s'est déchiré sans que je n'ai le temps de réagir ; ni même de revenir en arrière. Je tenais des propos que personne autour de moi ne semblait bien comprendre. J'utilisais des mots semblant venir d'une autre époque ; des mots obsolètes jusque dans la manière de les prononcer. Comme si cette rage soudaine, dévolue à la terre entière n'appartenait pas au commun des mortels. J'étais moi, faisant reculer d'un pas mon prochain dès lors que je m'évertuais à me raconter. Tout paraissait si simple et pourtant si complexe à la fois. Je ne suis que moi, me répétais-je à tue-tête. J'avais oublié que même en prenant pleinement conscience de l'être que j'avais été, même en assumant le pire, hier encore, je n'en demeurais pas moins dangereux, volatile en ce monde et à travers mes propos, ce monde où tout doit être rangé à sa place, sans débordements ni rage à exprimer...

Vendredi 28 mars - Quel a été l'élément déclencheur m'ayant donné le gout de l'écriture ? Ce fut comme une prise de conscience, trouble, une envie forte de me projeter en dehors de ma vie, comme une porte que l'on ouvre sur un autre monde. J'ai commencé à écrire à l'âge de douze ans. En cachette. Plus que jamais replié sur moi-même. Au collège, je me montrais de plus en plus retissant à l'apprentissage et à la discipline. Aucun attrait pour la plupart des matières, hormis le français. Je me distinguais à coup de rédactions faisant systématiquement pas moins de vingt pages, notes et retours élogieux de la part de mes professeurs de français. Les mots m'ont en quelque sorte sauvé d'un désastre à venir. Tout aurait été pire que cela ne l'a été. J'aurai forcément basculé complètement dans le noir. Prêt à en finir s'il n'y avait pas eu l'écriture, seul moyen de me maintenir à la surface des choses...

Samedi 29 mars - S'aimer. Ne pas s'aimer. Dans son livre Continent à la dérive, Russel Banks lie cet amour de soi au choix de son partenaire : " Lorsque vous chercher à obtenir l'amour de quelqu'un qui vous ressemble par le sexe, le tempérament, la culture ou l'aspect physique, vous le faites pour l'amour de ces choses elles-mêmes en vous, sexe, tempérament, culture, etc. ; mais lorsque vous chercher l'amour de quelqu'un qui est différent de vous, vous le faites pour vous débarrasser de vous même ". L'amour est un miroir. Aimer l'autre, c'est aimer cette image de soi qu'il vous renvoie ; ou reconnaitre à travers l'autre cette image de soi que l'on déteste. Je t'aime s'avère aussi (et avant tout) une déclaration que l'on se fait à soi-même. Russel Banks affine son point de vue en précisant que : " dans un monde sensé, les femmes donneraient naissance à des filles et ce seraient les hommes qui donneraient naissance à des garçons ". Vivrons-nous un jour dans un monde où l'on ne se posera plus la question du choix de l'amour que l'on porte, en terme de sexe ?

Dimanche 30 mars - Le Panga. Ce poisson bon marché sans véritablement de goût, inconnu dans nos contrées il y a encore un an est élevé au Vietnam. Son élevage s'est répandu après avoir trouvé la solution miracle permettant aux femelles de pondre en captivité. Il s'agit d'une hormone humaine : de l'urine de femme enceinte déshydratée que l'on donne aux poissons, permettant ainsi que la ponte se produise en un temps record. En captivité, le rendement peut monter jusqu'à trois cent kilos au mètre cube. Aucun autre poisson ne supporterait une telle concentration. Le Panga est nourrit avec des boulettes composées de farine de poissons broyés et déshydratés en provenance du Pérou. On y ajoute du soja, des petites crevettes, et le tout est cuit à très haute température avant d'être transformé en boulettes. Jusqu'à présent, la nourriture de ce poisson n'a fait l'objet d'aucun véritable contrôle...

Mardi 1er avril - Dubitatif. C'est le mot par lequel j'ai envie de m'attaquer à ce nouveau mois. J'éprouve un sentiment de désordre qui ne s'estompe pas. Ce que je tente, timidement, semble tomber résolument en poussière sans que je ne parvienne à réagir. Aucune résistance face à la vie qui suit son cours. Aucun défi relevé, dans le sens où cela me permettrait enfin d'avancer. Je demeure attentif, je n'en demeure pas moins exigeant, mais j'ai le plus grand mal à me lancer dans un nouveau projet. Dans le fond, je suis toujours le même. À gratter jusqu'à retrouver l'éclat, le sursaut et le déclencheur, l'élément moteur, simple appui contre le fil sur lequel je dois tendre. Juste un fil où m'immiscer droit devant. M'en tenir à ce fil, vide et vertige m'accompagnant, fragilité à toute épreuve, etc. Mon but étant alors, durant la durée du projet X ou Y que je dois mener à bout, de me donner les moyens pour que ce fil ne rompe pas...

Mercredi 2 avril - Anniversaire du décès de ma mère, il y a trois ans, à l'âge de soixante-trois ans. J'avoue ne rien ressentir de particulier, sinon un vague soulagement tant la vie qu'elle menait n'avait plus, depuis déjà de nombreuses années, le moindre sens. Me reste l'impression d'avoir grandi aux portes de la folie. Je n'en demeure pas moins bouleversé devant l'étendue des dégâts, à savoir la vie de mes parents. Mon soulagement fait immédiatement place à ce souvenir sombre de deux êtres - elle et lui - ne faisant qu'un ; mon père s'étant sacrifié pour ne pas interrompre la folie de ma mère. Son décès, intervenu quatre mois auparavant, porte le signe d'un homme complètement épuisé par l'ampleur de la gestion de la folie de ma mère qui ne se levait plus depuis plus de vingt ans. D'autant que mon père devait également subir, tout en étant dans l'incapacité de la gérer, la lourde schizophrénie de ma soeur. A part ça, il n'est pas étonnant qu'au bout du compte la gestion de mon quotidien passe forcément par la gestion troublante et souterraine de vastes séquelles...

Jeudi 3 avril - Mon journal. Je sais que certains ne le lise pas, par peur de son contenu. Aujourd'hui il fait beau, alors je vais tenter de minimiser la situation. Choisir mes mots, en quelque sorte. Faire semblant d'être heureux, à la limite de l'euphorie. Dérouler le contenu de ma journée ? Un café au dehors, passage à la banque, du courrier à poster, un peu de ménage dans mon appartement puis je me suis mis de vieux morceaux de musique, temps très long passé à mon ordinateur, levé plutôt tardif, pas mangé ce midi, bien déjeuné ce matin, ce soir le reste de mon gratin dauphinois m'attend dans le four, aucun email dans ma boite, un enfant joue au ballon dans la cour, pas de commentaire, je fume cigarette sur cigarette, pas de courrier non plus, mes yeux s'arrêtent très longuement sur le portrait de Maiakovski accroché au mur de ma chambre, j'écris - et même si ce n'est pas vrai - que je me porte comme un charme. Voilà qui est fait. Je vais bien. Sans conteste. J'ai oublié quelque chose. Et merde. Dans l'euphorie générale, je n'ai même pas songer à me rendre au cimetière afin d'en informer Daniel...

Samedi 5 avril - De passage sur Paris pour le week end. Mon budget ne me permettant pas d'acheter tout ce que je lis au prix fort, je passe une bonne partie de ma journée à faire les bouquinistes, dans l'espoir de trouver quelques livres à me mettre sous la dent. Difficile de s'y retrouver face à la quantité à disposition. Je croque à toute vitesse les quatrième de couverture, je pousse un peu plus loin en ouvrant au hasard certains livres. J'attends qu'une étincelle se produise, mais c'est si rare que je repars le plus souvent avec un maigre butin, désolant au bout du compte. Il est très rare que je sois tenté par un livre dont je ne suis plus en possession. Mais je n'ai pas résisté en voyant le Demain de Herman Hesse, l'une de mes premières lectures m'ayant littéralement subjuguée.

Dimanche 6 avril - Mon périple parisien s'est mieux déroulé que d'ordinaire. Je ne saurais dire à quoi cela peut bien tenir. Moins inquiet à mon départ. Cela m'a très certainement aidé à me sentir plus à l'aise. Comme lors de chacune de mes visites, je n'ai pas eu le temps de faire tout ce que je désirais. J'en reviens avec quelques idées d'écriture, preuve que j'ai été disponible non seulement pour les autres, mais également pour moi-même. Cela faisait longtemps que je n'avais pas été à mon écoute. En marchant dans les rues, des phrases entières me venait à l'esprit sans que je ne force les mots à jaillir et il aurait fallu que je m'arrête à chaque coin de rue pour bien faire, pour noter tout, ne pas en perdre une miette. J'ai toujours l'impression d'une véritable course contre le temps. Les moments où je me sens disponible à ce point sont de plus en plus rares.

Mardi 8 avril - Le film Bienvenue chez les Ch'tis vient de battre tous les records de fréquentation dans les salles, sans qu'on ne comprenne vraiment pourquoi un tel engouement de la part du public, sinon répondre à l'attente des médias - il faut aller voir ce que l'on nous matraque à ce point - et oublier un temps soit peu ses problèmes. Se rappeler qu'en 1972, Les bidasses en folie avaient fait 7.500.000 entrées. Il n'y a vraiment pas de quoi rire. Je vais certainement passer pour un vieux con puisque je n'ai pas vu et que je n'irai pas voir les Ch'tis, film consacré par la vox populi.

Mercredi 9 avril - Comment va le monde ? Le choix de la Chine pour les jeux olympiques renforce la médiatisation en faveur du Tibet, l'augmentation du gaz de 5,5 %, après une augmentation en janvier dernier de 4 % à laquelle s'ajoute la hausse des prix concernant les produits alimentaires qui d'ailleurs ne touche pas que la France, tandis que la dette de notre pays s'élève actuellement à mille deux cent milliards d'euros, le RSA - revenu de solidarité active devant remplacer le revenu minimum d'insertion - qui doit coûter deux à trois milliards n'est pas encore entrer en vigueur qu'il fait déjà l'objet d'une révision au rabais quant à son coût initial. D'ici à ce que le projet de Martin Hirsch, ancien président d'Emmaüs, soit dans un premier temps reporté puis remis à jamais dans les cartons, il n'y a qu'un pas. Les étudiants monte au créneau avec la ferme intention de se faire entendre dans la durée. Fadela Amara, qui occupe un logement de 54m2 loué à la régie immobilière de Paris pour la modique somme de 540 euros, ne sera pas contrainte de s'acquitter d'un surloyer. Est-ce inspirer le respect à tous les otages des Farc que de proposer d'accueillir sur notre territoire des membres de cette organisation ? Je pourrais continuer ainsi à l'infini, et ce tandis que la France se gausse du record d'un film qui, entre les frasques de la seconde dame de France, est censé faire oublier que la crise - mondiale, monsieur, il faut le préciser - est bien plus grave qu'on nous le dit. Et de conclure en précisant que le gouvernement n'a plus le droit à l'erreur, et dans le même temps pressentir qu'il est déjà trop tard, que le risque d'implosion n'est plus une utopie, mais qu'il me semble bel et bien qu'elle se rapproche...

Jeudi 10 avril - Encore des larmes, pour mon plus grand malheur. Dix-sept mois après la disparition de Daniel, mon compagnon, bien plus que mon compagnon, je passe la soirée de ce mercredi à pleurer, à m'en vouloir de ne pas avoir été à son chevet lorsqu'il est décédé. Mais le premier appel de l'hôpital, à 20h00, me disait qu'il fallait que je vienne au plus vite, et que je prévois de rester la nuit. A 20h15, un second appel alors que je suis à proximité de la gare, pour m'informer que c'est fini. Qu'il est trop tard pour que je le serre encore une fois, une dernière fois dans mes bras. Que je lui dise, lui répète maintes et maintes fois à quel point je l'aime. Dix-sept mois de douleurs et je me rends compte que je souffre encore terriblement de son absence.

Vendredi 11 avril - Reprise d'un texte sur lequel je n'avais pas travaillé depuis le mois de novembre dernier. Encore environ un mois pour boucler ce texte et la première mouture devrait être terminée. J'ai pourtant bien failli abandonner complètement ce projet. Je suis encore entre deux eaux, mais ma décision est prise. Même si cela ne mène à rien, je dois porter ce projet jusqu'à son terme...
 
Samedi 12 avril - Depuis quelques temps, environ quatre mois, j'ai des douleurs dans le bras droit. D'abord légères, elles se sont accentuées sur les dernières semaines, au point d'en devenir de plus en plus violentes. Et ce n'est pas une question d'intensité dans mes gestes, car il se peut que je fasse un geste très simple pour que je sois saisi de douleurs. Depuis quelques jours, cela devient insupportable, au point de rester complètement bloqué sur place, plié en deux de douleur. Pourtant je ne suis pas du genre à me plaindre. Je vais devoir aller consulter un médecin, ce qui n'est pas dans mes habitudes mais là, même lorsque je suis en train d'écrire, en ce moment même, l'intensité de la douleur ne me laisse guère le choix. Je n'en peux plus. Il faut vraiment que je me décide, dans les prochains jours ; dès que je serai disponible...
 
Dimanche 13 avril - De par mon vécu, je suis et je serai toujours en proie au moindre doute, toujours sous l'emprise d'une certaine forme de désespoir nourrie par un pessimisme que je trimballe avec moi, depuis tant d'années. Je suis naturellement attiré par une certaine forme de marginalité, à jamais une partie de moi-même. Je me sens proche des personnes dont le vécu distillé en marge (à un moment ou un autre de leur vie) se lit sans crainte, à plein visage.

Mardi 15 avril - Lecture, hier soir à Paris, au Lucernaire, autour de poèmes du Maghreb et du Proche Orient, à partir d'auteurs édités chez L'harmattan. Une grande salle vide, une dizaine de personnes présentes, bien que l'entrée soit libre. Ce n'est pas la première lecture du genre, mais L'harmattan ne réussit pas à faire venir du monde, pas même les auteurs en question puisqu'un seul était présent. La plupart des personnes présentes sont venus par le biais de la compagnie Kaléidoscope Bleu. J'ai, en tout les cas, été heureux de retravailler, le temps d'un soir et d'une répétition afin de boucler ce travail, avec les membres de la compagnie. Au-delà de notre indéfectible amitié, ce que nous sommes capable de produire sur scène se nourrit des années de travail en commun et d'une écoute sans faille. Nous avons toujours été exigeant et cette exigence demeure le fil conducteur de nos nombreuses productions, qu'il s'agisse de pièces de théâtre ou bien de lectures.
 
Mercredi 16 avril - Le temps. Cette facilité avec laquelle la vie nous dévore. Je me demande ce que je laisse derrière moi. Des traces dont pour l'ensemble je ne me souviens guère. Chacun de nous reste démesurément accroché à des images, et ce sont ces images que nous avons retenus en nous qui ont forgé et forgent, aiguisent notre personnalité. Je suis donc l'aboutissant de ce que j'ai décidé de retenir à travers mon vécu. J'ai croisé foule de gens différents, dont certains que j'ai aimé plus que d'autres. A l'heure de la sortie de mon prochain livre, je pense tout particulièrement à Guillaume G. Je ne peux pas non plus oublier Alain L. Une photo de chacun d'eux me les rappelle en permanence, à mes côtés comme s'ils ne m'avaient jamais quitté. Leur sensibilité, visages à jamais gravés sur ces clichés que j'ai eu la chance de conserver, ces lignes que je leur ai consacré dans ce livre à venir les rends encore plus présents. Nous avons partagé des moments inoubliables, même si tout cela est lié à cette épreuve de la rue, qui résisteront au temps qu'il me reste à vivre. Ils sont mes éclats amoureux dans le ciel tourmenté de ma jeunesse...

Vendredi 18 avril - Vierzon, où je réside, est redevenue communiste au premier tour, avec 57 % de voix, lors des élections municipales de mars. Ce résultat découle du fait que le nouveau maire a su rassembler la gauche, obtenant ainsi une liste sur laquelle on retrouve le PS, Lutte ouvrière, le PRG, le MRC ainsi que les verts. En recherchant de-ci de-là quelques informations relatives à Vierzon, je tombe sur la " désencyclopédie " en ligne, sur internet, site sur lequel il est précisé que Vierzon est en lice pour le concours de la ville la plus sinistre du monde. On y apprend aussi que la cité est loin de tout, ce qui en fait incontestablement la capitale du vide. Où suis-je ?
 
Dimanche 20 avril - Herman Hesse. Demian. A relire. C'est fait. Je me souvenais parfaitement que ce livre m'avait beaucoup plus marqué que son successeur, Siddartha. Il faudrait que j'en reprenne la lecture, et que j'en compare les émotions, pour mieux me rendre compte. Oui, Demian est à plus d'un titre bouleversant. Sous-titré la jeunesse d'Emile Sinclair, il s'ouvre sur cette formule clé : " Je ne voulais qu'essayer de vivre ce qui voulait spontanément surgir de moi. Pourquoi était-ce si difficile ? ". J'ai l'impression, avec le recul, d'avoir reçu ce livre, à une époque où je lisais si peu, comme une véritable remise en question. Hesse s'applique à révéler que " la vraie mission de chaque homme est de parvenir à soi-même ". Demian paraît en 1919. Au sortir de la guerre, Hesse ne peut plus écrire comme avant. Bien que maître à penser de la jeunesse allemande, son oeuvre ne trouve pas le chemin du grand public, ce dont Hesse se fiche complètement. 1930 : Demian sort pour la première fois en France. 1946 : Prix Nobel. Ce qui n'augmente en rien le nombre de ses lecteurs. 1955 : Colin Wilson range Hesse parmi les outsiders romantiques. 1962 : décès. 1974 : Demian reparaît, dans une nouvelle traduction. Dans le cas de Hesse, Gide se demandait qu'elle sera l'événement qui amplifiera le nombre de ses lecteurs. Il faut attendre le milieu des années soixante ; et la découverte fulgurante de son oeuvre par la jeunesse hippie et contestataire américaine...

Lundi 21 avril - Temporiser. Cesser de s'en tenir à la plainte. Tenter. Je sais combien je me situe inexorablement en retrait. Par trop attaché à mon passé. Ayant le plus grand mal à me projeter. Et sans prise sur le présent. Ne pouvant jouir au mieux de l'instant présent. Toujours inquiet. Il s'agirait de remettre en question les fondements même de ma personnalité. Autant dire un travail titanesque. Je ne sais vraiment pas si je suis en mesure de pouvoir le faire.

Mardi 22 avril - Hémorragie à l'errance est sorti de chez l'imprimeur le mercredi 16 avril. Donc il est prêt. Mon éditeur doit m'en envoyer des exemplaires. Je n'ai aucun autre moyen de me le procurer. Donc, patience. Après toutes les recherches effectuées en vue de trouver un éditeur, je peux bien patienter. Ce livre, en lui-même, est un numéro hors série de la revue littéraire La nef des fous. Qui le publie donc dans son intégralité. Il dispose d'un code ISSN, réservé entre autre aux revues, mais pas du fameux code IBSN, attribué avec un code barre. Sans le code IBSN, pas de diffusion possible dans les libraires et magasin type FNAC. Il ne sera disponible que via mon site ou directement via mon éditeur. Sa diffusion dépendra du bouche à oreille. D'une certaine manière, si je tiens compte du contenu de mon livre, le fil conducteur en étant toutes ces années passées à la rue, je ne suis pas déçu qu'il soit diffusé ainsi ; bien au contraire. C'est un livre délibérément SDF. Sans diffusion fixe. L'écriture de ce texte représente deux années de travail. Il existe dorénavant sous la forme que je souhaitais. Dédié à mon compagnon Daniel, qui n'est plus. Ce livre est. Point à la ligne. Il faudra donc aller vers lui. En retour. Comme un geste. Et c'est bien cela qui est le plus important.

Mercredi 23 avril - Je suis à temps partiel. Je bénéficie des nouvelles mesures de la loi TEPA. C'est à dire que toute heure supplémentaire est défiscalisé (pas pris en compte pour ma déclaration, mais bon, je rigole, à temps partiel, n'est-ce pas, et moi qui n'est pas payé d'impôts depuis... bon, bref, depuis 1992, la dernière fois) et l'employeur ne paie pas de charges. Eh bien... avant cette nouvelle loi, lorsqu'il y avait des remplacements pour cause de vacances, je faisais un temps plein. Avec la nouvelle loi TEPA, je ne peux plus faire d'heures supplémentaires que dans la limite de 20 % des heures prévues à mon contrat... Et pourtant en mai, je vais dépasser ces heures. Et puis quoi, le tzar Nicolas l'a bien dit : il faut travailler plus... alors moi qui suit à temps partiel, à 16h par semaine, en CDI depuis deux ans que je retravaille normalement, comme tout le monde, s'entend, eh bien j'ai un second travail à temps partiel, pour suivre les ordres du Tzar (mais là en CDD). Et puis merde. De toute façon avec cette nouvelle loi, je suis perdant de tout les côtés. Exemple en ce qui concerne ma prime pour l'emploi. Ce sera moins d'heures à déclarer (je ne déclare pas les heures défiscalisés, qui sont automatiquement ôté de mon brut à déclarer), et donc je tombe dans la tranche en dessous. Je ne savais pas de quoi parler aujourd'hui. Mais je ne sais pas si j'ai été vraiment clair. Bon. Mais il est tard, monsieur, et faut que j'rentre chez moi (Brel).

Vendredi 25 avril -  En rangeant quelques papiers, je tombe sur la fiche d'inventaires des effets de Daniel, que l'on m'a remis après son décès, à l'hôpital. Les vêtements, leur quantité, autres effets et les objets de valeur. Le tout porté sur une feuille jaune indiquant en haut à droite son nom et prénom, le service, la date et heure, sans qu'il soit préciser qu'il s'agit de la date et heure du décès. Je reste le nez collé durant plusieurs minutes, sur cette feuille. Sans savoir que penser. En bas à droite, l'indication : remis à la famille... Mais aucun membre de sa famille n'est venu. Je suis le seul à avoir été présent jusqu'au bout. A repartir avec ses affaires rangés dans deux grands sacs poubelles. Je n'avais rien prévu pour emmener ces effets. Je me suis ensuite rendu à la morgue. Le revoir très longuement. Je n'avais plus que cela à faire. Puis revenir le lendemain, après avoir choisi les affaires qu'il portera. Et le revoir encore. Cette fois-ci maquillé. Préparé ; apaisé. Je reste plus d'une heure à lui parler, entre des flots de larmes que je ne parviens pas à contrôler, puis repartir d'où je viens. Chez nous. Chez moi ; hanté par l'un de tes derniers messages, envoyé de ton téléphone portable : " je n'en peux plus, j'ai envie de rentrer ".

Samedi 26 avril - Beau temps. Tendinite au bras. Temps partiellement consacré à l'écriture. Aucun stress. Un rien de musique disséminé au casque, tout en marchant très lentement à travers ville. Lou Reed à l'oreille, son incroyable Just a perfect day. En relents de refrain : You just keep me hanging on. C'est un fait. Tu me permets de tenir le coup.
 
Dimanche 27 avril - Amoncellements d'idées, sans toutefois rien de vraiment concret, sur le papier. Je ne suis pas en état pour me mesurer à ma propre écriture. Le papier vierge a encore de beaux jours devant lui. Je termine juste ce texte qui traîne depuis bientôt deux ans. J'en vois enfin le bout. Encore un petit effort de quelques semaines. Bine entendu si je ne suis pas dérangé dans mon élan. Il y aura ensuite l'épreuve des corrections. Suivra la tentative de le publier. Ensuite, je n'aurai face à moi que des bribes. Morceaux de chair dont je ne sais si cela constitue matière à se pencher dessus. A creuser. Est-ce que j'ai encore en mains, et en pensées, les bons outils pour me mettre à creuser ?

Mercredi 30 avril - Les milieux littéraires s'enflamment. Pas moins de cinq livres - dont un déjà paru, on ne perd pas de temps - vont prochainement voir le jour. Le personnage central en sera Jérôme Kerviel, le fameux trader fou de la SG. Les cinéastes américains ne sont pas en reste, puisqu'un scénario est actuellement en cours d'écriture, et c'est le scientologue Tom Cruise qui est pressenti pour tenir le rôle. Un film avec un budget de cinq milliards ?

Vendredi 2 mai - Ecrire chaque jour au moins une phrase dans ce journal. C'est un peu la promesse que je me suis fait, et qu'il me semble évidemment bien difficile à tenir. Quoique cela dépend des périodes. Il y a des moments flous et d'autres où je reviens naturellement vers ce journal. Il y a des jours qui se ressemblent. Non pas qu'il n'y aurait rien à dire, mais je ne serais pas loin de la répétition. Mais un acte d'écriture s'inscrit forcément dans la répétition. Je ne suis pas le seul à me redire continuellement les mêmes choses. Nous fonctionnons tous de la même manière. Il s'agit de triturer, de modifier un minuscule espace afin de dégager un nouveau point de vue, évidemment la plupart du temps microscopique ; mais nouveau. Comme nettoyé de toutes les impuretés. Toi qui est en train de me lire, à cet instant précis, à quoi es-tu donc exactement en train de penser ?
 
Samedi 3 mai - Je me bats actuellement, avec mon journal, pour trois à quatre lecteurs par jour. Mais cependant le nombre ne me désespère pas. Je sais pertinemment que j'effectue un travail de fourmi. C'est la leçon que j'ai tiré de mes années de théâtre. Créer un petit cercle autour de soi. Je n'ai nullement l'intention de jouer dans la cour des grands. J'aurai l'impression de trahir le fond de ma pensée. Mais peut-être bien que je me trompe. En tous les cas je ne suis pas le décideur. Je ne suis que le passeur de mes émotions, de mon ressenti, immuable passeur de mon vécu dans un monde où ce qui m'est donné ne l'est que de façon extrêmement provisoire...
 
Dimanche 4 mai - Je ne suis pas en forme. Mon bras droit est terriblement douloureux. C'est exactement comme si on me l'arrachait. Les anti inflammatoires ne semblent pas vraiment des plus efficaces. Pris un bon bain, mais je me sens encore plus fatigué qu'avant de me jeter dans la baignoire où je me suis assoupi durant une bonne demi-heure. Je ne sais pas comment atténuer la douleur. Je sors seul fumer une cigarette, et me voilà à discuter avec Daniel. Je lui demande son avis, tout en sachant que je ne pourrais jamais plus obtenir de réponse. C'est assez terrible de s'en remettre à un mort. Quoique ce n'est pas à Daniel qui n'est plus de ce monde que je m'adresse. A travers lui, c'est moi que je tente d'atteindre. Mais tout cela est aussi vain que d'attendre une réponse de sa part. J'avoue me sentir perdu. Je me rends compte tout à coup que cela fait dix-huit mois aujourd'hui que Daniel m'a quitté. Un constat qui ne fait que renforcer le fond de ma tristesse...

Lundi 5 mai - Travail au bar, puis un peu d'écriture sur le manuscrit que je dois terminer. Journée sans évènement particulier. Bras au repos en soirée. A priori je devrais le porter en écharpe durant un bon mois, seule solution pour apaiser la douleur. Je ne pourrais à priori quotidiennement le soulager que durant quelques heures...
 
Mardi 6 mai - Je lis un peu, j'essaie de me concentrer sur autre chose que ma douleur au bras, ce qui n'est guère évident. D'ordinaire, je ne suis pas du genre à me plaindre en cas de douleur. J'essaie aussi de tenir ce journal du mieux que je le peux...
 
Mercredi 7 mai - Retour chez le médecin. Le mien en vacances. Son remplaçant localise la douleur dans l'épaule. Il m'explique qu'il s'agit à priori d'une Périarthrite. Allons bon. Prendre rendez vous chez un spécialiste pour estimer et soigner le problème. J'appelle aussitôt, mais pas de rendez vous avant trois semaines. Comment calmer la douleur, sachant que les anti inflammatoires ne sont d'aucune efficacité ? Passage au niveau supérieur. Prescription d'un opiacé proche de la Méthadone et dérivé de la morphine. A dose quotidienne équivalente à 10mg de morphine...

Jeudi 8 mai - Aujourd'hui je m'abstiens de tout commentaire. Puisqu'il parait, en premier titre, selon les informations nationales, que nous avons un pont de cinq jours et que, pour reprendre la phrase de présentation du journaliste : tout le monde va en profiter. Tout le monde. Et c'est reparti pour des photos à la plage, les terrasses pleines, etc. Tout le monde va effectivement en profiter ; un certain nombre juste en regardant..

Vendredi 9 mai - Et si je concevais d'écrire une histoire à partir de faits non vécus, mais avec des personnages qui ne sont pas fictifs ? Je pense à Daniel et à son souhait de voir la mer. Sa demande remonte aux derniers temps où il se trouvait à l'hôpital. J'ai imaginé voler une ambulance, et l'accompagner pour ce dernier voyage. Voilà quelque chose dont je n'ai parlé à personne. Mais ce souhait constitue un exemple de ce que nous aurions pu vivre ; de ce qui peut s'écrire, sans pourtant l'avoir vécu...

Samedi 10 mai - Il m'arrive de songer aux personnes dont je n'ai plus de nouvelles. Le fait d'avoir quitté Paris, il y a deux ans, n'est pas étranger à ce grand nettoyage. C'est toujours un peu surprenant, mais en y réfléchissant bien, ce choix s'est fait naturellement. Il y en a bien certains que j'ai relancé ; mais en vain. Cela veut peut-être dire qu'ils ont été proches pour eux-mêmes, pour ce que cela pouvait leur apporter, sans que cela ne soit véritablement en termes d'échanges. Il faut se dire que seuls les vrais amis sont encore présents.
 
Dimanche 11 mai - Reçu ce jour les exemplaires de mon livre Hémorragie à l'errance. Je sais exactement ce que cela représente. Dorénavant ce texte, même s'il reste fondamentalement mien, ne m'appartient plus. C'est le premier sentiment que j'éprouve en l'ayant entre les mains. La même impression que lors de la publication de mon premier livre. Je le survole, mais impossible de m'attarder sur quelques lignes. Je le connais par coeur. J'ai besoin de recul et d'oubli avant d'en prendre, reprendre connaissance. J'ai besoin de digérer ce sentiment de liberté vis à vis de ce que j'ai vécu. Son contenu me fait l'effet d'une bombe longtemps gardée en moi tant je fus incapable d'y mettre les mots, plus d'une phrase, un chapitre, un souffle, les formes, etc. Je relis la citation de Camus, en introduction, écrite bien avant la disparition de Daniel : il n'y a pas d'amour de vivre sans désespoir de vivre. C'est bien ça. Le plus important pour moi est que ce livre lui soit entièrement dédié...

Mardi 13 mai - Un an de plus. Pas dans l'envie de voir du monde ou de faire quoi que ce soit de spécial, en ce jour de mes quarante quatre ans. J'espère, durant cette nouvelle année, achever le texte en cours - plus qu'une question de semaines - et parvenir à me lancer dans l'écriture d'un nouveau texte. Ce que l'on fait de sa vie ne dépend que de soi. Je sais pertinemment que l'on creuse le sillon de son propre chemin. Les difficultés sont là, bien présentes, pour chacun d'entre nous, mais surmontables si  l'on regarde devant soi...

Mercredi 14 mai - ... Il pleure. Après avoir insulté ses parents, après un coup de colère durant lequel il n'est vraiment parvenu qu'à se faire mal à lui-même. L'alcool lui tourne la tête. Boire n'a fait qu'accentuer la crise, rendre ce moment encore plus sombre qu'il ne devait l'être. Cette confrontation semble bel et bien la dernière. Il est dorénavant un adulte noyé dans des larmes qu'il ne peut plus retenir. Il me demande de lui tenir la main, de ne pas lui lâcher la main, le temps que cela aille mieux. Longtemps. Au bout d'une heure il se recroqueville, puis s'apaise. Il est des moments de la vie où l'on se dit que tout tient au bout de doigts qui se lient, se caressent, sans qu'aucun mot ne puisse briser ce silence...

Jeudi 15 mai - Bras au repos. Forme et moral au plus bas. Je me demande si tout cela n'a pas à voir avec les effets de ce que je prends. Je pensais écrire un peu, mais je m'en sens incapable ; ce qui est rare. Trois lignes, à peine, dans ce journal et je me sens déjà complètement épuisé...
      




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Dernière mise à jour de cette rubrique le 15 mai 2008



Créer son site web gratuit avec E-monsite.com - Signaler un contenu illicite - 15/05/2008 - 21:07:20 - 0.611 sec.
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