Benoit Brosseau

Benoit 

Pludon, l'enfant prisme

La petite aiguille avait rejoint la grande aiguille, il était midi. L’enfant prisme allait naître. Les moutons du berger riaient bien des six frères Oblitz, alignés sur le pilori multiple. Aucun mot ne se disait, les regards des ameutés, bourreaux et parents se croisaient. Le berger avait le torse bombé et les sourcils en V, il ne demandait que justice.

 

La cadette Oblitz vint porter de la lavande aux pieds des condamnés, les regarda et s’en alla gambader dans les champs.

Sur le gibet, ça commençait à être la panique, les Oblitz s’énervaient.

Tous regardaient maintenant le commissaire. Il fit un signe de tête pour signifier que c’en était maintenant fini de ces années de terreur.

 Ils tombèrent tous les uns après les autres, de droite à gauche. Comme des pantins sans marionnettistes, ils gisaient en se balançant légèrement au gré du vent.

 

Quatorze ans passèrent, pendant lesquels Manu, Blom, Vetis, Jano, Orin et Rol traversèrent un néant total, à une vitesse infernale, cernés par un blanc aveuglant et incapables de bouger. Quand finalement ils s’arrêtèrent, c’était pour se prendre une pleine lippée de terre dans la bouche, due à un atterrissage haut en couleurs…

C’en était psychédélique, ils n’avaient jamais vu de couleurs de leur vie. Mais on les avait déjà avertis de cette particularité du monde d’après…

Ils ne firent que se frotter les yeux et entamèrent une discussion télépathique :

 

-Nous devons trouver l’enfant prisme.

                                          -Oui, trouvons-le. 

Rol, le plus rusé, identifia une élévation. Tous les Oblitz, avec leur sournoiserie habituelle, coururent prudemment jusqu’à celle-ci. De là, ils voyaient tout. Mais ils ne savaient pas ce que c’était… Soudain, Vetis aperçut quelque chose :

 

-Regardez !-Mais qu’est-ce que c’est ?! 

Une pancarte-réclame de plus de dix mètres par cinq indiquait : Welcome to London.

 Quatorze ans passèrent, pendant lesquels Manu, Blom, Vetis, Jano, Orin et Rol traversèrent un néant total, à une vitesse infernale, cernés par un blanc aveuglant et incapables de bouger. Quand finalement ils s’arrêtèrent, c’était pour se prendre une pleine lippée de terre dans la bouche, due à un atterrissage haut en couleurs…

C’en était psychédélique, ils n’avaient jamais vu de couleurs de leur vie. Mais on les avait déjà avertis de cette particularité du monde d’après…

Ils ne firent que se frotter les yeux et entamèrent une discussion télépathique :

 

-Nous devons trouver l’enfant prisme.

                                 -Oui, trouvons-le.-Ce doit être un message de leurs dieux. 

Un bruit brusqua les frères dans leur concentration. Il y avait là un journal et un café renversé sur le parterre. Et plus haut encore, il y avait un vieil homme, et encore plus haut, un joli lampadaire pittoresque envahi par des centaines de moucherons. Mais l’homme, lui, avait la bouche béante et le visage ahuri. Le pauvre homme était pétrifié.

 -Tuez-le! 

Ce jour-là, les passants de la rue centrale de Londres virent la scène la plus terrifiante de toute leur vie : un vieil homme hurlant la mort et la souffrance, courant en tous sens, les bras en l’air et… accrochées à lui comme des sangsues, six petites créatures bien peu communes…

 

-Mon Dieu, cet homme est fou, il va se faire happer !-Oh justement, regardez, un double-decker qui approche !-Quel malheureux ! 

Le bedonnant chauffeur du double-decker vit bien trop tard le malade…

 L’homme fut projeté à 7 mètres de là, le sang au front et l’âme en l’air… Des gens accoururent. Ensuite plus personne ne parla. Ils n’osaient pas. Bien sûr, ce pauvre homme était maintenant oublié. Il y avait plus grave encore…

 

Les Oblitz étaient aussi muets, ils étaient étrangers à ces gens. Un long silence filandreux rôdait autour. Et tout à coup, le chauffeur fit une crise d’épilepsie, probablement due à un arrêt cardiaque ou à un stress intense… Mais il aurait bien mieux aimé mourir…

 

Les six frères, qui avaient tous respectivement les couleurs de l’arc-en-ciel tatouées sur le corps, ouvrirent simultanément la bouche dans un rapide mouvement silencieux. Et leurs yeux suivirent le même mouvement.

Ensuite, du sang à profusion jaillit des oreilles de tous les passants. Ils s’écroulèrent tous avec les dents plantées dans la langue, tellement la douleur était intense.

Les Oblitz montèrent dans le bus, se branchèrent sur le tronc cérébral du chauffeur et se mirent en route.

 

Ils avaient un plan : retrouver l’enfant prisme qui, une fois né, avait été le supporteur de ce voyage qu’ils firent, pendant quatorze ans. Une fois retrouvé, cet enfant leur servirait de module de lancement pour retourner d’où ils venaient. Et ensuite pourrait commencer la vengeance…

 

Destination : la résidence des Macvery.

Le long de l’avenue centrale, le bus infernal happait et traumatisait tout ce qui l’empêchait de passer. Il s’arrêta net face à un étroit immeuble à appartements qui ressemblait d’ailleurs à tous les autres aux alentours.

 

La porte vola en éclats, les six nains entrèrent sans façon dans l’appartement numéro 5. À l’intérieur, la pièce était éclairée par les rayons qui transperçaient  les rideaux horizontaux. Le logement était vide d’apparence, mais les Oblitz conclurent rapidement que quelqu’un se cachait dans la garde-robe. Ils se perchèrent donc sur les meubles environnants et attendirent. Une bonne heure plus tard, une jeune fille se décida à sortir. Elle fut interceptée immédiatement.

 

 -Où est Pludon Macvery ?

-Qui, Pludon ?

-Oui, où est-il ?

-Qui êtes-vous, que lui voulez-vous ?

- Aucune importance, si vous ne répondez pas, vous subirez d’atroces souffrances.

 -Depuis qu’ils l’ont mis dans ce centre pour jeunes délinquants sur Crawley Street, on ne l’a pas revu. 

Les Oblitz relâchèrent celle qui devait probablement être la sœur de Pludon, s’entre- regardèrent et reprirent le bus pour Crawley Street.

 Roule, roule, joli bus rouge, roule et ne t’arrête jamais… 

 

La suite dans le prochain épisode…

 

Dernière mise à jour de cette rubrique le 04/06/2007

Créer son site web gratuit avec E-monsite.com - Signaler un contenu illicite - 96.303 ms.
Agenda Culturel - Videos Droles - Humour et Jeux - Clips musique - Faire un site web