Tout était plongé dans l’obscurité et le temps n’était guère propice aux promenades, car c’était le couvre-feu de dix-huit heures dans la petite ville de Reichenberg. On n’entendait pas un bruit, pas même un souffle de vent qui vous effleurait le visage. Déjà, on pouvait apercevoir les soldats sillonner les rues. De sa fenêtre éclairée par une chandelle, Olivier de Villepin observait cette délégation avec mépris. La guerre éclata en 1939 et il réussit à se cacher dans un grenier abandonné, mais sa famille fut déportée à Auschwitz. Lorsqu’Hitler imposa sa politique, les Juifs furent exterminés. Les survivants n’avaient plus le droit de s’exprimer ni d’exercer leur métier. C’était tout juste s’ils pouvaient exister.
Les heures passèrent, l’aube approchait. Olivier se leva, s’habilla, rassembla ses papiers et se rendit à un endroit précis en passant par la passerelle. Il observait les champs envahis de rhizomes sortant de la terre.
De Villepin devait donner un discours. Arrivé, il salua la foule. La plupart étaient des Français, et on ne se douta pas de l’origine de certains. Olivier monta sur une boîte en guise de piédestal pour se faire entendre. Des gens vinrent s’attabler pour être plus à l’aise. Les discours étaient à la fois politiques et poétiques. Il parlait si bien français que les gens en étaient émus. Certains comparaient son discours à de belles palabres et d’autres trouvaient qu’il parlait avec trop de tact. Soudain, des soldats allemands surgirent de nulle part. Il était évident qu’on avait informé l’armée du lieu de rassemblement. Olivier fut empoigné le premier. On l’emmena au poste pour l’interroger. Le lieutenant lui demanda de quel droit il avait osé s’exprimer ainsi en public, et pourquoi il vantait la beauté de la langue française. Il répondit qu’il faisait cela pour sa patrie :