Elle s'excuse de ne pas avoir fait le déplacement vers Bruxelles qu'elle « aime tant – mais on ne peut pas faire toutes les villes » et s'abandonne aux mots, simplement. Comme elle s'abandonne à tant d'univers cinématographiques depuis plus de 35 ans de carrière. « Je réponds présent à un projet avant tout. Parce que sans désir, on ne fait pas bien les choses. On me parle souvent de Truffaut comme d'un mythe. À l'époque où j'ai tourné avec lui, c'était l'un des très bons metteurs en scène français. Mais il y avait aussi Godard, Chabrol, Pialat… Ces cinéastes reconnus, ou des jeunes comme Frédéric Fontaine, m'ont permis d'avancer, de progresser, de garder le désir, ce fameux désir nécessaire autant dans une vie de couple que dans une vie de femme, d'actrice. »
Cela ne lui donne cependant pas le sentiment d'être à l'abri. Au contraire. L'actrice doute plutôt un peu plus à chaque fois, remet les choses en question. Mais elle garde l'envie de continuer : « Je connais beaucoup d'acteurs et d'actrices qui n'ont plus ce désir, car ils n'ont pas eu la chance de faire les bons choix. Or, faire ce métier sans désir, c'est comme embrasser quelqu'un sans avoir l'envie. C'est terrible ! »
Garnier vient de la choisir comme sa nouvelle égérie, parce qu'elle est « reconnue et appréciée du public pour son élégance naturelle, sa simplicité, sa sincérité et sa proximité », explique la marque. Parce qu'elle « incarne la femme à laquelle on a envie de s'identifier ». On confirme.
Là, Nathalie Baye vient de retrouver Tonie Marshall, neuf ans après Vénus Beauté et cinq ans après France Boutique, pour Passe-passe, une comédie sentimentale avec Edouard Baer. Elle dit d'emblée que la promo est une période assez difficile. Mais elle revendique son côté « bon petit soldat » pour les films qu'elle a envie de soutenir. Son souci : se renouveler dans le discours, même si ce n'est pas facile.
Elle rappelle la promo « de dingue » qu'elle a faite pour Arrête-moi si tu peux, de Spielberg, pendant trois jours. Se souvient aussi du premier film, La nuit américaine, et du petit article dans Elle avec sa photo : « Je n'en revenais pas. Je l'ai regardé toute la semaine. » Mais plus ça va, plus elle a le sentiment que le fait de connaître les gens célèbres enlève une part de rêve et d'admiration. Elle sait de quoi elle parle, elle qui a approché de près tant de gens connus : « J'aimais leur travail, mais en les rencontrant, j'ai souvent été déçue. La meilleure manière de connaître un artiste, c'est de regarder ses choix, son art. »
Elle reste touchée par les élans du public. « Pour ça, la promo, ça vaut le coup. » Et c'est pour ce contact que l'an dernier, elle s'est retrouvée sur scène avec Zouc par Zouc. « J'avais envie d'avoir la liberté de faire une chose seule et de pouvoir la reprendre quand je voulais. J'ai rencontré des gens qui aimaient Zouc, d'autres qui n'avaient jamais été au théâtre et venaient pour moi. Cela m'a bouleversée. D'autres me prenaient pour leur psy et venaient me raconter leur mal-être. Parfois, j'ai fui, car je n'avais pas l'énergie de recevoir ça. J'ai annulé ma tournée pour des raisons privées, mais j'ai envie de la faire. »
« Jouer m'aide tellement à vivre… »
ENTRETIEN
Enfant dyslexique, fille de peintres bohèmes, quittant les études à l'âge de 14 ans pour intégrer une école de danse, Nathalie Baye a gardé de son enfance la liberté inhérente à son éducation et la rigueur inhérente à la danse. Refusant depuis toujours d'être enfermée dans un emploi, elle poursuit sa route variée avec audace et excellence.
Bientôt dans Les bureaux de Dieu, de Claire Simon, et Cliente, de Josiane Balasko, elle est donc à l'affiche de Passe-passe, la comédie sentimentale de Tonie Marshall, qui sort ce mercredi.
Les films des metteurs en scène les racontent un peu, surtout quand ils en sont les auteurs. Est-ce la même chose pour une actrice via sa filmographie ?
Oui. Car vos choix artistiques révèlent ce que vous êtes. Je suis une grande claustrophobe. Dans la vie. Mais aussi dans mon métier. Dès le Conservatoire, j'ai détesté être enfermée dans un emploi. J'ai voulu aller chercher d'autres émotions. Je choisis très vite un scénario. En trois jours. Cela se fait à l'instinct. Jamais sur un plan de carrière. Au début, j'incarnais des personnages quotidiens. Un week-end sur deux, de Nicole Garcia, où je jouais une mère peu rassurante, borderline, m'a donné une autre couleur.
Est-ce rassurant de sentir qu'un réalisateur va enfin au-delà de l'apparence ?
C'est une chance merveilleuse. Car on part dans des chemins encore inexploités mais qui sont en soi. Nicole Garcia comme, plus tard, Tonie Marshall ont su sortir cela de moi.
Votre liberté revendiquée dès vos débuts est-elle un héritage de vos parents ?
Difficile de répondre. Bien sûr, il y avait une liberté de pensée, de vie à la maison. Mes parents n'ont pas attendu Mai 68 pour vivre leurs passions. Pour moi, du coup, Mai 68 est une révolution de bourgeois ! Mes copains rêvaient d 'avoir des parents comme les miens, car c'était non conventionnel. Moi, j'enviais les familles plus rationnelles, car elles avaient quelque chose de rassurant. Mes parents s'entendaient bien sur le plan artistique mais, au privé, ils se disputaient et ont fini par divorcer. J'en ai beaucoup souffert. Donc, pour répondre à votre question, j'ai le sentiment d'avoir une liberté plus grande que la leur. Car j'ai la chance de vivre bien de mon métier. J'ai vu beaucoup de souffrance chez mes parents, des gens passionnés mais tirant le diable par la queue. J'ai passé mon enfance dans un sentiment du provisoire.
Avez-vous pensé à Christine Deviers-Joncour en devenant l'héroïne de « Passe-passe » ?
Cela a été évoqué à la première lecture, mais sans plus. Quand Tavernier m'a proposé de jouer un prof dans Une semaine de vacances, j'ai été paniquée, car je ne voyais pas comment moi, cancre ayant quitté l'école à 14 ans, je pouvais incarner un prof. J'ai rencontré des enseignants et je me suis rendu compte qu'il n'y avait pas un seul type de prof ! Même expérience en rencontrant des femmes flic pour Le petit lieutenant. Cette variété est rassurante, car elle évite de tomber dans le cliché.
Auriez-vous trouvé votre place dans la vie sans être actrice ?
Jouer m'aide tellement à vivre que je ne sais pas ce que j'aurais fait sans ça. Je crois que j'aurais été plus bancale. Un acteur sans rôle, c'est tellement douloureux. On n'est tellement rien quand on ne travaille pas. Il faut au moins une petite passion dans la vie…
Est-ce facile de se mettre entre parenthèses, parce que la vie privée l'impose, alors qu'on est totalement passionné par son métier ?
J'ai toujours réussi ça sans difficulté. Parce que vie et métier sont des vases communicants. Tout ce qui vous ronge ou vous booste d'un côté a fatalement des répercussions de l'autre. Ce métier m'apporte beaucoup, parce que c'est la vie qui me nourrit.
Pourquoi avoir accepté d'être l'égérie de la marque Garnier ?
J'ai toujours refusé la pub, avant. Là, je me suis dit que si je refusais cette proposition à ce moment-ci de ma vie, je ne l'aurais plus dans dix ans ! Et dire que l'aspect financier n'a pas d'importance serait de l'hypocrisie.
0/10 sur 0 vote
Sélectionnez une note puis validez par "Noter"