Tribune de geneve

Comment la discrète que vous êtes vit-elle ces périodes de promotion?

(Sourire.) Je peux être une grosse flemmarde à l'occasion, mais quand je m'engage, je m'accroche... Je me souviens de ma première interview pour La nuit américaine, de François Truffaut. Déjà que j'étais tellement heureuse d'avoir tourné ce film, d'être payée pour ça, je n'en revenais pas! Alors, ma photo dans le journal, j'ai plané toute la semaine... Mais je ne cours pas après cette médiatisation. Ayant fréquenté des gens connus, je sais que parfois, j'aurais préféré ne pas les connaître, j'étais déçue de les voir en vrai. Finalement, la meilleure manière de percevoir un artiste réside dans l'observation de ses choix. Même si le contact du public me touche infiniment, au point parfois d'en avoir la larme à l'oeil.

D'où ce retour au théâtre l'an dernier, avec Zouc par Zouc

Bien sûr, et puis c'était Zouc... J'avais envie de monter un truc seule, que je puisse reprendre à ma guise. Et puis ces réactions invraisemblables à la sortie du spectacle, c'était fou, bouleversant. Certains avaient vécu ce mal-être du personnage, me prenaient comme leur fille, leur soeur. (Rire gêné.) J'avais honte de filer par une porte dérobée, faute d'énergie.

Vos 60 ans semblent peser une plume. Par contre, votre filmographie révèle le parcours, souvent balisé par des géants.Que voyaient-ils en vous?

Je réponds présent à un projet, pas à un grand nom. Les gens me parlent de Truffaut mais à l'époque, il n'incarnait pas encore «le» cinéaste mythique. Comme les autres d'ailleurs, Pialat, Godard, Chabrol... Tous forment un ensemble qui m'a permis de garder ce fameux désir dont je parle tant. Ils ne m'ont pas donné un sentiment de sécurité mais au contraire la force de me remettre en question. (Soupirs.) Je connais beaucoup d'acteurs d'une énorme qualité qui ont perdu le désir, à cause de mauvais choix, de hasards malheureux. Or dans ce métier, travailler sans désir, c'est comme embrasser quelqu'un sans en avoir envie.

Comment s'est déroulée la rencontre avec Godard?

Bon, le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il n'a pas vraiment de scénario à montrer. Mais pour Sauve qui peut (la vie), il avait un squelette d'une trentaine de pages, admirable. Quant au bonhomme ronchon, je suis assez peu impressionnable. En réalité, les gens qui m'ont le plus bluffée dans la vie, ce sont souvent des gens de l'ombre, habités par la lumière. Et puis derrière le bougon désagréable, Godard se laisse parfois aller à une incroyable gentillesse, ce monolithe en apparence porte en lui une blessure qui m'échappe...

Votre filmographieraconte-t-elle votre vie?

Je pense, oui. Mes choix, à l'instinct, à l'émotion, me révèlent un peu. Je n'ai jamais caché mon immense claustrophobie au point de monter sept étages à pied si l'ascenseur ressemble trop à un coffre-fort. Et dès le départ, dans les cours dramatiques, j'ai détesté être enfermée dans un emploi. Cela aussi préserve ce désir sur lequel je reviens toujours. Je ne pense jamais «plan de carrière», je trouve cela trop risqué...

Cette liberté d'esprit que vous pratiquez à la scène et dans la vie, vient-elle de vos parents, artistes bohèmes?

Bien sûr qu'à la maison, il y avait de la légèreté mais ce n'était pas la bamboula... Les copains de mon âge rêvaient d'avoir des parents zarbis comme les miens, qui n'avaient pas attendu Mai 68 pour abandonner les idées bourgeoises. (Rires.) Du coup, je suis passée à côté de Mai 68 parce qu'à mes yeux, c'était une révolution de bourgeois! Mes parents se disputaient beaucoup, ils vivaient mal de leur métier et cela entraînait de la douleur. Ils ont fini par divorcer et j'en ai souffert.

Sauve qui peut (le désir), une formule qui vous résume?

Oui, tout à fait. Si je n'avais pas été actrice, j'aurais été plus bancale. Quand je vois des gens forcés de faire des métiers qui les emmerdent il n'y a pas d'autre mot , j'espère qu'ils trouvent des à côté pour compenser, au moins une petite passion... J'ai toujours à peu près réussi à conjuguer le professionnel et le privé. Ce qui vous booste ou ce qui vous ronge, a fatalement des répercussions sur le reste. Même si un acteur qui ne travaille pas, c'est tellement douloureux. Il se sent tellement rien que fatalement, tout part à vau-l'eau...

 

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Dernière mise à jour de cette rubrique le 19/04/2008

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