* PAROISSE PROTESTANTE DE BITCHE * CONSISTOIRE DE NIEDERBRONN-LES-BAINS
Un printemps au seuil de l'hiver

Un printemps au seuil de l'hiver

 

      Louise est née au début de ce siècle. Elle a connu les rigueurs de la grande guerre dans son son union avec son mari est née une petite fille, Sonia, qui n'a vu son père qu'au cours des permissions de celui-ci. Il était jeune, il était en bonne santé et il a été envoyé en Russie. La dernière fois que la mère et la fille ont eu de ses nouvelles, Sonia avait un an et demi. Depuis plus de nouvelles. Même aujoud'hui.Comme beaucoup, elle a attendu, espéré, habitant avec sa fille chez ses beaux-parents. Au bout du délai légal, il a été officiellement reconnu disparu, et Louise veuve de guerre. Cette incertitude quant au sort du mari et du père a profondément marqué les deux femmes et probablement perturbé à jamais l'équilibre de la jeune fille.

      Lorsque Sonia fut assez grande, Louise décida de refaire sa vie. Lorsqu'elle parle de son second mariage, elle dit très clairement que ça a probablement été la plus grande erreur de toute sa vie. Un mari malade, violent parfois, frustré toujours. Des années de  souffrance et d'épreuve qu'elle n'évoque pas volontiers, d'autant plus qu'elles sont liées à l'évolution de la maladie psychiatrique de sa fille unique. Elle a d'ailleurs enterré cette dernière à l'automne 1997.

      Elle a gardé de cette vie mouvementée un personnalité décalée, un peu distante et originale, mais aussi prête à se battre pour survivre et attachée à la vie. Son histoire n'est pas unique, beaucoup de personnes de cette génération sont passées par des moments délicats. Et peut-être que l'on pourrait croire que tout est fini avant d'avoir commencé...

      Dans la famille elle était connue pour être excentrique. Lorsqu'elle a eu 75 ans, elle s'est remise en ménage avec un veuf. Ensemble ils ont vécu heureux jusqu'à ce qu'il décède. Pour ses proches, c'était comme une fleur qui s'épanouit enfin après un long sommeil. Lorsque Fritz est mort, elle a rejoint une maison de retraite méthodiste, selon son choix. Très vite elle a perdu le contact avec la réalité, passant son temps à chanter ou à raconter des histoires. Chaque fois que je vais la voir, le sourire est au rendez-vous, même si je ne suis pas certaine qu'elle me reconnaisse. Pour elle, le printemps est là: dans les cantiques, dans les souvenirs heureux, dans les rêves et les espoirs de la jeune fille qu'elle a été. Elle ne contrôle plus grand' chose de son esprit ou de son corps et pourtant c'est paisiblement qu'elle s'approche du sommeil de l'hiver, et nous rendons grâce à Dieu pour cela.

Esther LENZ, Mietesheim

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